Les mesures sur Twitter

Je publie du 1er novembre au 30 avril la situation météo du vallon de Zinal sur le compte Twitter Annitrek. J'avais choisi ce média pour sa simplicité, je retranscris ensuite les données sur une feuille de calcul. Ceux qui veulent en profitent et je peux facilement partager sur la barre latérale de ce blog. Explications :


La température à Zinal 1700m : Les données de la station automatique de Mottec sont libres d'accès et très complètes. Mais plus froide que les flancs car près de la rivière, je lui préfère ma station Netatmo à 1725m en rive droite en amont de la Tsoucdanna. Les abonnés Netatmo peuvent la consulter.

La température à Tracuit 2600m est fournie par la station neige consultable sur les pages du SLF, la température en surface est sur le même graphique. Elle est en réalité à 2589m mais je veux pas chipoter tous les matins. Elle donne surtout une mesure de la neige très similaire à Sorebois.

La température à Sorebois 2900m est prise à la station vent de la Corne. La température n'est pas accessible au public, vous pouvez consulter la petite soeur installée par les parapentistes dans le col. Les données sont cohérentes mais la station dort la nuit. L'Humidité Relative de l'air est aussi prise depuis l'accès professionnel à la station du SLF. Quand je note des vents W>10km/h, comprenez une tendance avec des rafales entre 10 et 15km/h. Entre 15 et 20 j'aurai noté >20... L'essentiel est que je me comprenne!

J'estime la nébulosité en % du ciel occupé par les nuages entre 8h et 8h30 à Sorebois. La station de Mottec donne l'ensoleillement, le rayonnement, l'accès professionnel à Tracuit aussi. Les webcams de la Vouarda et de Sorebois donnent une excellente vue des conditions en direct. Une des deux fonctionne presque toujours...

Je cultive une zone protégée à Sorebois 2500m entre l'arrivée du téléski de Remointze et celui de Tsarmettaz. Elle donne des mesures de neige très pertinentes pour le domaine skiable, les données suivent bien la station de Tracuit située à 2600m. Les stations automatiques mesurent mal le cumul, nous devons travailler avec des données très locales sans contrainte technologique. Nos chers collègues, et néanmoins voisins, disposent de la station neige d'Orzival. Située dans un creux vite rempli par les vents, elle donne la mesure commerciale du domaine skiable.

Le Danger d'Avalanches publié sur le compte Twitter Sorebois provient du bulletin d'avalanches du SLF. Le service de sécurité local peut élever ce danger, il ne le baissera jamais. Notez que j'avais réservé ce compte Twitter pour les remontées mécaniques tellement je trouvais le truc génial. Ils n'en ont pas voulu.

Ci-dessous une carte interactive des lieux des mesures. J'ai regroupé les graphiques et liens intéressants pour le vallon de Zinal sur une page de mon site http://www.annitrek.ch/meteo-et-neige Je suis pas sûr d'avoir le droit de faire ça sur une page publique ya un copyright. Mais c'est bien pratique... Je n'utilise pour mes mesures que des stations automatiques que je peux consulter en cas d'absence. Mes collègues surveillent alors la zone protégée de Sorebois. Ainsi, un accident de n'importe quelle sorte ne compromettrait pas un ensemble de mesures qui entre dans sa 11ème saison.




Hiver 2020 - Situation initiale

06.11.2019   On prévoyait une brève accalmie entre deux perturbations actives le 1er novembre au matin. L'air délavé était limpide. Comme je tenais à participer aux cérémonies de la Toussaint, sisi, j'ai envoyé le drone prendre l'habituelle photo de Sorebois au premier jour des mesures. De l'hiver 2020 déjà!

Sorebois le 1er novembre à 10h. Cliquez pour agrandir.
Il ne reste rien de la neige d'octobre en-dessous de 2900m, même les couloirs ombragés sont nettoyés par les pluies. Le terrain est détrempé en profondeur. La neige au-dessus date principalement de la perturbation du 15 octobre, journée pluvieuse en vallée, je mesurais alors 33mm en 24h. Au matin du 16 la station était juste blanchie, Tracuit annonçait 24cm confirmés par les employés de Sorebois. Les températures sont fortement remontées en fin de mois, on nota jusqu'à 8° le samedi 26 à 15h à la Corne. Difficile d'appréhender l'état de cette neige résiduelle, je l'imagine tassée par le chaud puis durcie par le retour du froid; au contact du sol, la métamorphose construit certainement de gros cristaux.

Depuis le 2 novembre, un chapelet de perturbations entraînées par des courants d'ouest nous gratifie de précipitations modérées, tout de même 29mm en 6 jours, et surtout d'une baisse significative du mercure en montagne. Trop tard pour geler le terrain, désormais protégé par la neige fraîche il restera mou et boueux tout l'hiver. Rappelons qu'il n'a gelé qu'une fois ces onze dernières années, l'hiver 2016-2017 quand la neige n'arriva que début janvier. Je mesurais ce matin 3cm à Zinal, 13cm à 2500m et une trentaine de cm dès 2700m. Ces perturbations ont laissé plus de précipitations sur le Chablais, le St-Bernard et les Préalpes, les zones de précipitations s'amenuisaient à mesure qu'elles s'enfonçaient dans le massif. 

Le froid permet la production de neige dès 2500m, les remontées espèrent ouvrir une partie du domaine artificiel au public le week-end du 16 novembre. Ils y croient assez fort pour engager du personnel hivernal, mes vacances s'achèvent. Je me réjouis de retrouver les lattes, l'été fut sportif et équilibré, je suis en pleine forme rien ne grince. Le bonheur commence par l'absence de douleur, c'est valable au travail. Nous allons vivre la dernière saison du téléphérique Zinal-Sorebois qui sera remplacé l'été prochain par un luxueux télécabine. Si je compte bien elle sera ma 27ème saison d'hiver complète, dont deux à l'école de ski. Je me réjouis du changement mais appréhende une saison émotionnellement riche, si les murs de Sorebois pouvaient parler...  

Le Sorbier du chamois, face à l'immensité à l'entrée du village.

Du côté des signes, j'ai noté un été pauvre en insectes; certains jours de bronzette je me demandais même ce qu'ils étaient devenus. Le seul nid de guêpes rencontré se cachait malicieusement dans un carton, gros sprint, une seule piqûre au bras. Le sorbier que je photographie tous les automnes est normalement chargé, la photo trompe il reste des feuilles. J'ai fait beaucoup de bois.

les situations initiales des dix derniers hivers  Hiver 2009   Hiver 2010   Hiver 2011   Hiver 2012   Hiver 2013    Hiver 2014   Hiver 2015   Hiver 2016    Hiver 2017   Hiver 2018   Hiver 2019

L'été du drone

30.10.2019    Quel gosse de la génération Top Gun et Supercopter n'a pas rêvé d'un jouet volant? On ne confiait pas aux enfants les avions et hélicos télécommandés, chers et délicats à piloter. Je touchais la quarantaine quand les batteries au lithium, les moteurs sans balais et la miniaturisation permirent la fabrication de drones efficaces à des prix raisonnables. La marque Dji propose depuis 2018 un modèle grand public capable de photographier en 20 mégapixels, de filmer en 4K et de tenir plus de 20 minutes en vol, le Mavic Pro 2. J'ai craqué.

Le 24 juillet à 7h30, au-dessus de la mer de brouillard
Le drone est avant tout une caméra volante, les images sont belles et autant stables que sur trépied. On peut l'envoyer par curiosité pour simplement voir ce qui se passe, comme ce matin bouché de juillet quand je me demandais où se situait le plafond nuageux. Je suis en phase d'apprentissage, l'album public été 2019 est déjà constellé de photos aériennes, je vais essayer de faire quelques montages avec les images maladroitement filmées cet été. Je pense mieux exploiter l'énorme potentiel de cet outil l'hiver prochain. Ci-dessous un premier essai, le rendu a saccadé certains clips, j'étais un rien mystique au montage, certainement la beauté des images. Merci Mylène!


Nous avons vécu un été météorologiques facile malgré un printemps persistant. Mai s'est montré pluvieux avec quinze jours de précipitations et un mercure assez frais. Le peu de neige restant en vallée fondit rapidement mais les alpages mirent du temps à verdir, un redoux permit d'alper normalement à Nava le 15 juin. La suite fut estivale avec deux épisodes caniculaires fin juin et début juillet qui mirent les médias en émoi et achevèrent la fonte des neiges de l'hiver en haute montagne. Des précipitations régulières mais modérées évitèrent les interdictions de feu et maintinrent une nature luxuriante, hélas trop tard pour permettre une fenaison abondante. J'ai par contre observé des bourgeons terminaux de 70cm sur de jeunes mélèzes, de 30cm sur les aroles et les épicéas. Les forêts que je fréquente ont profité du climat, les champignons étaient normalement abondants. La deuxième moitié du semestre fut régulièrement arrosée, l'écosystème du vallon de Zinal semble avoir vécu un été profitable pour toutes les espèces. Au final et d'après le bulletin climatologique été 2019 de MétéoSuisse, nous avons vécu le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Les vendanges furent normales, les vignes familiales touchées par la grêle en août produisirent la quantité et la qualité demandée sans plus, la récolte nécessita un long tri des grappes touchées par un orage très localisé. Le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid ont profité d'une météo clémente. Pas d'orage terrible ni de catastrophe à signaler, espérons que 2018 reste exceptionnelle.

En automne sur le sentier raquettes des Clautis

Les rongeurs profitent du nouveau climat, les écureuils prolifèrent, j'ai piégé une quantité étonnante de souris et autres musaraignes. Les rapaces suivent la tendance, les grand corbeaux aussi semble-t-il. Je n'ai rien observé de remarquable chez la grande faune, si ce n'est une période de rut du cerf particulièrement bruyante et facile à observer dans les Gardes de Bordon. La contradiction habituelle entre la nécessité de protéger en imposant des réserves et autres zones interdites, et l'échec des chasseurs à réguler le gibier, devient exaspérante. En .pdf le bilan de la chasse haute par les services cantonaux. Je suis bientôt le dernier à ne pas l'avoir aperçu, le loup occasionna de gros dégâts, il semble que les éleveurs de moutons aient décidé d'abandonner notre vallon. Là aussi, le paradoxe entre le dépit paysan et le soutien citadin aux chiens sauvages laisse perplexe. Chaque apparition de la bête provoque l'hystérie, on se réjouit de la voir former des meutes, la "gestion du loup" coûte,  pollue, et son apport dans la régulation est discutable. Qu'importe l'élevage local, nos ministres sont fiers d'avoir signé un accord commercial avec l'Amérique du sud qui produit abondance de viande à un coût écologique dont on se fout, c'est loin l'Amérique. Nous enverrons les chomeurs débroussailler les alpages pour prévenir les avalanches...

Le 31 août début du rut, quand on se fout des drones... Cliquez pour agrandir.

Je conclus ce résumé de l'été par un aveu, j'ai taquiné mes voisins avec mon nouveau drone. Les mâles de toutes espèces sont moins craintifs, chevreuils et boucs semblent plus curieux qu'apeurés par le volatil mécanique jusqu'à une dizaine de mètres. Le cerf est inapprochable en dehors de la période du rut, j'ai alors survolé un groupe sans provoquer de réaction mais n'ai pas insisté. Les chevrettes fuient au bruit, l'approche des chèvres de chamois alerte rapidement la surveillante qui donne l'alerte à une trentaine de mètres. Les marmottes se cachent à longue distance, je n'ai pas taquiné les bouquetins. On sait que le gypaète et l'aigle tolèrent mal les intrus dans leur espace aérien, chaque décollage provoque l'hystérie des casse-noix, le corbeau s'approche, observe puis repart. J'ai également essayé de poser le drone sur des places préparées, ce qui permet une heure d'observation avant le vol de retour. Mais c'est pas bien de déranger la faune avec un drone, je le ferai plus, promis!

Sainte Greta

Telle Jeanne appelée malgré elle à libérer la France, Sainte Greta abandonna sa vie tranquille, les études et son confortable anonymat pour hurler la plainte de Gaïa devant les hommes.


Partout les jeunes se mobilisent, organisent des marches et des manifestations. Ils font grève, courbent l'école pour protester contre l'inertie de leurs aînés qui leur répondent par le mépris et la moquerie, ultimes arguments des incompétents avant l'autoritarisme et la violence. -"Après la grève ils ont mangé un Mc Do!" -"Ils veulent ranger la planète, ils feraient mieux de commencer par leurs chambres!" -"T'as vu le bordel qu'ils ont laissé après la manif?" -"Elle a mangé dans du plastic!" -"C'est une enfant, elle ne sait rien." 

Né en 1973, j'ai entendu toute ma vie une petite part de la population, des troubles-fêtes appelés écolos, remettre en question la surexploitation des ressources naturelles, la gestion des déchets et l'impact exagéré de l'homme sur les autres espèces. Avec la guerre en Palestine, c'est une litanie sans fin qui taraude nos sens par tous les médias qui se les disputent. J'ai pris conscience des événement au début des années 80, c'était la guerre froide, les pluies acides décimaient les forêts, nous étions six millions sur le territoire suisse. Quarante ans plus tard le capitalisme à vaincu le communisme, l'essence sans plomb et le catalyseur ont sauvé nos forêts, j'ai 8,5 millions de concitoyens, le Proche-Orient brûle toujours, l'extension de l'économie de marché de l'occident à la planète entière l'a transformée en poubelle. Je ne suis pas négatif, l'exemple des pluies acides et les efforts pour combler le trou d'ozone montrent que nous pouvons agir. On ne l'a pas fait pour le problème climatique, au nom de la productivité, de la compétition, d'objectifs égoïstes. Les politiciens jouent la partie selon les règles en cours le temps de leurs mandats, oubliant leur véritable rôle, adapter les lois aux réalités pour permettre la pérennité du système. Ils ont préféré laisser l'économie de marché submerger le monde, au nom du progrès et de cette pauvre liberté apprêtée à toutes les sauces. Les pires parmi eux font croire à coups d'études et de chiffres que nous pouvons brûler en deux siècles les énergies fossiles sans conséquence, que le réchauffement actuel n'est qu'un cycle. Ces vieux cons ne sauront pas s'ils ont raison ou tort, leurs petits-enfants sauront. Ces petits enfants qui défilent dans les rues au lieu d'étudier pour devenir compétitifs dans une économie mondialisée.

Et l'âme du monde nous envoie Greta, jeune, fragile, innocente comme Jeanne jusqu'à preuve du contraire. Le buzz qu'elle crée suffit à montrer sa vocation prophétique, quel agent "gère son image" pour l'emmener à une telle notoriété? Est-ce sa personnalité seule qui soulève nos jeunes, sa beauté, son éloquence? Je préfère croire en une prophétesse. Arrive ce qui doit, manifestations, progression des partis écologiques et, le plus important peut-être, mise en exergue des comportements nocifs. C'est la clé, clouons au pilori les pollueurs au lieu de jalouser leurs bagnoles! Les mégapoles taxent les véhicules privés pour diminuer les particules. C'est donc les blaireaux en limousines qui polluent les centres-villes, ceux qui conduisent de petites voitures plus écolos ne peuvent plus y accéder. La plupart des partis suisses atterrés par la vague, ou l'hystérie verte pour certains, ne parviennent à imaginer que taxes, interdictions et obligations pour améliorer la situation. Un Lausannois se plaignait des SUV qui intoxiquent sa ville, les places de parc hors de prix ne permettent qu'aux plus aisés de se déplacer en voiture, ils retournent ensuite dormir dans leurs quartiers privilégiés au-dessus du smog. Allons-nous accepter que ceux qui s'accaparent les biens polluent aussi notre air commun? Cet héritier peut-il m'empoisonner parce qu'il peut payer?

Assurément non et non! Sainte Greta doit revêtir son armure et bouter l'injustice sociale loin du débat climatique. Les riches ne peuvent pas plus polluer parce qu'ils sont riches, ils doivent au contraire montrer l'exemple en achetant des véhicules verts encore hors de prix pour le citoyen lambda. Et les vieux cons, les négationnistes du débat écologique, vous qui pensez que votre descendance vous louera pour les biens et la fortune que vous leur laissez, regardez vos petits enfants! Ils gueulent dans la rue, parce que c'est le propre de la jeunesse de se révolter, c'est ainsi qu'elle s'exprime depuis toujours. De toute façon, les écouteriez-vous d'avantage s'ils se contentaient de dialoguer?       

Varallo

Les pèlerins d'Ayer sont arrivés à Varallo ce vendredi 27 septembre après six étapes exigeantes qui les virent franchir quatre cols de moyenne montagne. Ils étaient attendus jeudi au colle della Bottiggia par des membres de la section Varallo du Club Alpin Italien. 

Au difficile colle della Bottiggia, entre Macugnaga et Carcoforo

La pluie nous a épargné, nous visiterons demain le Sacro Monte, j'allumerai une bougie en l'honneur de Notre Dame des Neiges, sa statue au Monte Moro dominait deux étapes difficiles de notre périple. Nous vivrons ensemble une messe dimanche matin avant de rentrer au pays.  

Arrivée des Valaisans au pied du Sacro Monte

Un grand merci aux pèlerins et acteurs de cette magnifique aventure, en particulier aux chauffeurs bénévoles du bus d'accompagnement. Je publierai avant l'hiver les détails et l'itinéraire du pèlerinage historique des habitants d'Ayer vers le Valsesia.

Le pèlerinage Ayer-Varallo

Un ancien itinéraire menait les habitants d'Ayer en pèlerinage vers le Sacro Monte di Varallo, dans le Valcesia en Italie. Ils effectuaient ce voyage pour obtenir l'indulgence plénière. Etre totalement libérés de la peine temporelle due pour les péchés? Ça valait bien dix jours de marche aller-retour...  En 1986, une délégation rejoignit Varallo à pied pour fêter les 500 ans du Sacro Monte. Dimanche 22 septembre, 12 Anniviards quitteront Ayer pour la première étape du pèlerinage 2019.

Les liens intéressants : Le chemin du pèlerinage effectué par des Anniviardes en 2012 et l'annonce du pèlerinage 2019 sur le 4 Saisons d'Anniviers, le journal local, la page du pèlerinage sur le site www.annitrek.ch, le Mont Sacré de Varallo sur Wikipédia, et sur le site officiel.

Je m'étais résolu à ne plus accompagner de longs treks, mais je devais un dernier job au village adoré de mes juvéniles vacances: élever à l'ère numérique un pèlerinage mythique. J'ai opté pour une version luxueuse de l'aventure, bus d'accompagnement et nuits en hôtels. Nous profiterons aussi sans complexe du bus et des remontées mécaniques, pour ne pas marcher comme des cons au bord des routes ou sous des câbles.  L'étape qui remonte la vallée de Saas part du pittoresque plateau de Gspon en rive droite, et se termine après un chemin facile dans un hôtel avec spa. J'espère un troisième jour régénérateur avant les étapes du Monte Moro et du Colle della Bottiggia.

Je compte ramener tracés gps, photos et autres renseignements utiles qui seront mis à disposition des pèlerins du futur. Ils pourront ainsi trouver plus facilement le pardon de leurs péchés au Sacro Monte. La vidéo ci-dessous résume les six étapes que nous espérons accomplir vers l'absolution.


La fin de l'été


Je dirai des contes et légendes du Valais le vendredi 16 août à la cabane de Sorniot/Fully.



Les dernières visites commentées du vieux village et du sentier nature Zau Zoura à Ayer sont programmées les 2 et 20 août

Les 23 et 24 août, Ayer pour demain ouvre le mayen des Moyes au public. Pour nuit festive le vendredi 23, pour une soirée plus familiale le 24 avec soirée contes et un guitariste.





Un grand merci à ceux qui participent aux activités et animations qui jalonnent la saison d'été, en particulier à l'équipe d'Ayer pour demain et tous les acteurs du mémorable Camp des Moyes 2019.



La Pierre des Sauvages

Sur demande de Sierre-Anniviers Tourisme, j'accompagnais le 23 octobre 2018 deux journalistes de "Couleurs Locales" sur le site de la Pierre des Sauvages à St-Luc. Diffusé le 8 novembre, le reportage de deux minutes affleure à peine ce que nous savons de cette curiosité passionnante. Je tiens à apporter quelques précisions, et regroupe ici les liens et sources qui fondent mon approche du sujet. C'est la vision d'un conteur local, mais pétri de rationalisme qui préfère ne laisser à l'imagination que ce que la science n'explique pas.

 

Commençons par décortiquer le dit du lieu: "La Pierre des Sauvages de St-Luc". Jusqu'en 1871 le village s'appelait Louc, c'est le premier postier qui proposa de renommer l'endroit St-Luc pour le différencier, en particulier, de Luc près d'Ayent. Le nom vient du latin lucus, "bois sacré; forêt, bois", issu du gaulois lucos, "taillis, clairière, bois sacré". Quand au terme "sauvages", il vient également du latin médiéval "sylvatica" de "sylva", la forêt - ce qui qualifie ou est en rapport avec la forêt. Nous sommes donc sur la pierre des habitants de la forêts, dans leur bois sacré. Pour l'étymologie des noms de lieux en Romandie, je me réfère au site henrysuter.ch.

On trouve de nombreuses pierres à cupules en Suisse, celle de St-Luc et la plus grandes. On sait que les cavités ne sont en aucun cas naturelles, elles ne semblent pas faites pour recueillir du liquide car nombre d'entre-elles sont trop verticales. La découverte d'offrandes ou de tombes à proximité attestent de lieux de culte. Lors de la construction de l'hôtel Bella Tola on a découvert près d'une pierre creusée des vestiges archéologiques, sépultures et offrandes, datés du VIème siècle avant au IIème siècle après J-C. A part ces chiffres qui donnent un ordre d'idée, les pierres à cupules sont difficiles voire impossibles à dater. On sait par le site du Petit Chasseur à Sion la richesse des croyances et du culte à l'époque préhistorique en Valais. Le dénigrement ou l'appropriation des sites par le christianisme conquérant atteste aussi d'un lien avec l'ancienne religion. Suivez ce lien vers le pdf Historique de l'hôtel Bella Tola.

Jusqu'au XIXème, des légendes persistantes ont porté la mémoire des pierres à travers les siècles. Qu'elles soient des "Sauvages", des "Martyrs", des "Fées" ou du "Sacrifice", les pierres creusées rappelaient l'époque terrible d'avant l'arrivée des missionnaires. De nombreuses versions existent sur la Pierre des Sauvages, chaque fois la roche massive prête à anéantir le village corrompu fut séparée en trois par la grâce divine. Retrouvez en pdf la version la plus populaire.

Dès le XIXème siècle, des esprits intrigués plus éclairés décrirent les pierres et osèrent quelques hypothèses. Ici en pdf Les monuments mégalithiques du Val d'Anniviers par Spahni. Récemment, Jean-Louis Claude de Zinal publiait une série d'articles sur le sujet dans le journal local "les quatre saisons d'Anniviers". On trouve une série de pierres réunies dans un site d'importance national à Grimentz, retrouvez ici dans un pdf de piètre qualité une description du site de l’Îlot-Bosquet. J'avais déjà publié sur ce blog quelques légendes de Grimentz.

Voici d'autres liens intéressant: Une description de la Pierre des sauvages sur le site d'Anniviers Tourisme , les Pierres à Cupules sur le site archéologie-anniviers.ch , La pierre d'Ayer sur le sentier nature Zau-Zoura avec une page de liens.

J'aimerai rajouter un témoignage qui vient de feue ma grand-tante Mariette d'Ayer. Selon elle, on trouvait à Grimentz une pierre foncée creusée de cupules qui chauffait au soleil. On y mettait macérer un mélange de beurre et d'euphraises, puis on se servait de l'onguent pour soigner les yeux. Plus tard on bâtit sur le site une chapelle dédiée à St-Léger, un martyr auquel on avait crevé les yeux et qu'on priait pour les problèmes oculaires. On l'appelle l'oratoire du Carrovilla. Un lien entre les anciennes croyances et le christianisme?

C'est mon âme de conteur qui conclut cet article. Souvent invité à m'exprimer sur la Pierre des Sauvages ou à l'ìlot-Bosquet, je n'ai jamais senti une quelconque énergie tellurique me picoter les orteils. Mais ces pierres dominent souvent des emplacements propices aux réunions. Le poids des blocs ajouté à celui des millénaires, la force des mythes traversant les siècles d'oreilles à bouches de conteurs, le mystère de croyances à jamais perdues; tout en ces lieux renforce la magie des histoires d'autrefois. Quand je prends mon souffle avant d'accaparer de jeunes oreilles saturées de médias pour ne faire que... parler sur un caillou... je sens et je sais n'être que le suiveur d'une longue tradition. J'ai aimé l'exercice intellectuel d'Etienne Klein dans cette vidéo sur la persistance du passé; à la fin de la réflexion il déclare "On peut considérer que le passé a été littéralement néantisé, ou bien au contraire qu'il est définitivement immortel".

Hiver 2019 - Conclusions

31 mai 2019  -   J'abordais ce nouvel hiver tout ébranlé du précédent, la puissance des éléments avait atteint des extrêmes certes archivés, mais que je n'avais jamais vécu. Bloqué à Ayer la fameuse semaine catastrophique de février 1999, employé sur une installation, je n'avais pas saisi alors la rareté ni les implications de l'épisode. La Suisse a inscrit sa gestion des dangers d'avalanches au patrimoine culturel de l'UNESCO. Un article du Nouvelliste le 24 novembre titrait sur "la suprématie du savoir-faire Suisse". Quand on sait la part du Bon Dieu en la matière, on reste humble. Une fois le travail effectué dans les règles on prie, ou on espère c'est selon, pour que tout se passe bien. Nos spécialistes rejoignent sur ce coup le panier des crabes qui me sortent chaque année l'absurde "je connais la montagne".

Le 1er décembre à la Corne, les anges volent très près des cailloux

L'hiver tarda, les températures anormales de la première quinzaine de novembre empêchèrent l'utilisation des canons à neige. Si bien qu'au retour du froid et des perturbations, l'attente avait remplacé l'appréhension initiale par une folle envie de neige et de glisse. Au passage de Marilou, j'abordais les folies du ciel avec le sourire, comme on retrouve un vieux copain bien allumé. Les premiers entraînements sur neige artificielle animèrent la Corne le 22 novembre, nous ouvrîmes les pistes à la clientèle le 1er décembre pour les week-ends, tous les jours dès le 13. Les 15cm de fraîche au matin du 25  portèrent à 202cm le cumul de décembre. Le temps tourna au beau pour les fêtes de fin d'année, nous étions fiers de nos pistes, de notre pays, et heureux d'offrir des vacances d'hiver exemplaires à la nombreuse clientèle des stations. Début janvier, de jeunes skieuses inauguraient le stade de vitesse de Sorebois. Même à l'entraînement, un choc à ces vitesses nécessite une intervention rapide des secouristes. C'est dans le rôle du vautour que je pris la photo en exergue cet hiver; ces demoiselles attendent leur shoot d'adrénaline, les Aiguilles Rouges d'Arolla et le Grand Combin en arrière-plan. Un peu macho, mais tellement beau!

Le 7 janvier à la Corne de Sorebois
Les explosifs ont résonné 22 jours dans le vallon, 6 minages concernaient de la neige de printemps. La répartition des grands minages par hélicoptère, les 25.12, 15.1, 12.2 et 15.3 montre l'espacement idéal des gros apports neigeux pendant la saison. L'an passé nous avons eu 13 fois recours au très coûteux minage par hélicoptère. Ajoutez ces économies à l'enneigement et l'ensoleillement des week-ends et principales périodes de vacances pour expliquer les résultats exceptionnels des remontées mécaniques. J'effectuais le premier minage de printemps sur la piste de l'Aigle le 16 février déjà. Sur cette photosphère prise le 28 depuis le promontoire qui domine la combe de Tsirouc, février s'était déguisé en avril pour carnaval. Le froid et la neige revinrent la première quinzaine de mars, glaçant ce manteau, le recouvrant ensuite de bonne poudreuse. Au lendemain du minage hélico décrit dans l'article de mars, le chef m'envoyait miner plus finement le secteur en amont de Barthélémy en cours de damage. Je fus surpris de déclencher une congère assez grandes pour traverser la route et condamner le machiniste à reprendre son travail sur toute la largeur de la piste. A l'analyse, les pentes à altitude et exposition similaires s'étaient toutes déclenchées, j'aurai pu prévoir ce résultat. Pour la moralité de l'épisode, seul celui qui mine par hélico bénéficie d'une vision d'ensemble. Morale de cette morale: faut souvent écouter les vieux.   

Barthélémy le 16 mars. A refaire!
Belle et assez fraîche pour garder la neige en état, la deuxième quinzaine de mars se terminait par le traditionnel lever du soleil sur la Corne de Sorebois. Organisée par les remontées mécaniques le matin du passage à l'heure d'été, la manifestation écourte une nuit déjà amputée d'une heure. Si d'autres patrouilleurs se dévouent, j'évite l’événement qui trouble mes biorythmes. Quand je pense aux nombreuses nuits blanches d'autrefois...
Cette année j'y étais, avec mon trépied et mon appareil photo. La matinée fut au diapason de la saison: paysage grandiose, température et neige agréables, clients aussi nombreux qu'heureux. Pour occuper mes heures de garde et entraîner ma capacité de pellage, j'avais taillé une tranchée à travers la gonfle sur le flanc Est de la Corne. Elle atteignait 240cm de profondeur, preuve d'un hiver bien enneigé et d'un régime d'Ouest prononcé.
 



Le rapport climatologique de MétéoSuisse transcrit pour le pays une hiver similaire à celui observé à Zinal, neige et températures dans les normes, avec de belles périodes anticycloniques. Retrouvez ici l'album public hiver 2019, et toutes les mesures sur les feuilles de calcul mensuelles au bout de ces liens: Novembre 2018, Décembre 2018, Janvier 2019, Février 2019, Mars 2019, Avril 2019 .

Cet hiver, trois accidents mortels dans la profession rappelèrent à nos familles que nous ne partons pas au bureau le matin. Malgré toute la science et l'expérience qu'un homme accumule, il ne connait pas la montagne. On peut, au mieux, appliquer les mesures de sécurité apprises, assaisonner cette science d'un peu d'instinct acquis par la fréquentation assidue du milieu, et espérer que la prochaine leçon ne soit pas trop sévère.

La couche 2019

Novembre fut sec, la neige arriva tardivement mais nous pouvions compter sur un mètre à 2500m pour les vacances de Noël. Nous sommes rarement passés sous cette mesure ensuite. En station à 1700m par contre, nous étions limite pour proposer des pistes de fond et chemins raquettes agréables. L'ambiance est restée hivernale margré tout, avec une trentaine de cm sur les toits à Noël qui allaient persister jusqu'en avril. La plus haute mesure à Sorebois fut de 165cm le 15 mars suite à 83cm de fraîche tombés en six jours, et de  56cm à Zinal le 15 janvier. Le cumul de 608cm place cet hiver parmi les mieux enneigés.

La couche mesurée tous les 15 jours


Le cumul par quinzaine

01.11.2018 = 06 cm, 02.11.2018 = 03 cm, 07.11.2018 = 12 cm, 20.11.2019 = 02 cm, 27.11.2018 = 12 cm, 28.11.2018 = 08 cm
Total novembre = 43 cm
01.12.2018 = 03 cm, 02.12.2018 = 04 cm, 03.12.2018 = 15 cm, 04.12.2018 = 09 cm, 06.12.2018 = 03 cm, 08.12.2018 = 07 cm, 09.12.2018 = 12 cm, 10.12.2018 = 20 cm, 11.12.2018 = 18 cm, 16.12.2018 = 23 cm, 17.12.2018 = 15 cm, 20.12.2018 = 05 cm, 22.12.2018 = 24 cm, 24.12.2018 = 29 cm, 25.12.2018 = 15 cm
Total décembre = 202 cm
08.01.2019 = 01 cm, 09.01.2019 = 04 cm, 10.01.2019 = 06 cm, 13.01.2019 = 23 cm, 14.01.2019 = 37 cm, 15.01.2019 = 13 cm, 18.01.2019 = 05 cm, 28.01.2018 = 06 cm, 30.01.2019 = 02 cm
Total janvier = 97 cm
01.02.2019 = 04 cm, 02.02.2019 = 04 cm, 03.02.2019 = 08 cm, 04.02.2019 = 05 cm, 08.02.2019 = 06 cm, 11.02.2019 = 23 cm, 12.02.2019 = 04 cm
Total février = 54 cm
02.03.2019 = 10 cm, 05.02.2019 = 12 cm, 08.03.2019 = 06 cm, 10.03.2019 = 09 cm, 11.03.2019 = 07 cm, 12.03.2019 = 15 cm, 13.03.2019 = 03 cm, 14.03.2019 = 12 cm, 15.03.2019 = 37 cm, 16.03.2019 = 03 cm, 18.03.2019 = 07 cm
Total mars = 121 cm
04.04.2019 = 23 cm, 05.04.2019 = 20 cm, 07.04.2019 = 02 cm, 08.04.2019 = 07 cm, 11.04.2019 = 02 cm, 25.04.2019 = 02 cm, 26.04.2019 = 12 cm, 27.04.2019 = 14 cm, 28.02.2019 = 02 cm, 29.02.2019 = 07 cm
Total avril = 91 cm

Total hiver 2019 = 608 cm

Les records 2019

Rien de très excitant au niveau des extrêmes, ce fut une saison facile à vivre malgré un janvier globalement bien frais. Les mesures sont prises à la station MétéoSuisse de la Corne de Sorebois 2890m, elles ne sont pas contestables. Certains thermomètres placés trop près du sol ou d'une paroi exposée au rayonnement nocturne ont certes affiché des chiffres inférieurs, mais la station très chère de la Corne n'est jamais descendue sous la barre des -20° cette hiver.

Suivent :
-17.7° le 12.03.2019 à 03h00
-14.9° le 11.12.2018 à 09h00
-13.6° le 08.12.2018 à 07h00
-12.9° le 19.11.2018 à 18h30

La tempête Marilou début décembre augurait d'un nouvel hiver agité, sa rafale record est "hélas" restée au top toute la saison. De nombreux coups de vent dépassèrent ensuite les 100km/h, ce qui gène considérablement l'exploitation des transports à câbles mais cause généralement peu de dégâts sur le terrain.  

Suivent :
108.7 km/h S 186° le 07.03.2019 à 01h00
106 km/h NW 284° le 04.03.2019 à 14h30
94 km/h NW 290° le 03.12.2018 à 20h30
89 km/h SW 202° le 23.11.2018 à 22h30


Ce sont comme d'habitude les valeurs extrêmes de chaque épisode qui sont prises en compte. Si un rafale à 130 est enregistrée le 10 décembre, c'est le record du 9 qui est pris en compte. Idem pour les températures. 

La nébulosité 2019

Cet hiver fut marqué par des périodes de beau temps idéalement placées. La semaine de Noël, la deuxième quinzaine de février pendant les vacances de carnaval de nos plus nombreux clients, la deuxième quinzaine de mars et beaucoup de week-ends furent beaux, les skieurs profitèrent de la neige, du soleil et du panorama exceptionnel de notre fond de vallée. Les remontées mécaniques jubilent, la citation suivante provient du Nouvelliste du 29 avril :

«Une saison record, la deuxième de suite», affirme PB, directeur des remontées mécaniques de Grimentz-Zinal. «L’année passée nous avons dépassé les 400 000 journées-skieurs pour la première fois. Cette saison nous faisons 9,5% de plus pour arriver à 449 000 et le chiffre d’affaires progresse de 12%.»

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La nébulosité est estimée à 8h du matin depuis Sorebois, en % du ciel visible occupé par des nuages. J'ai compté 76 matinées parfaites, 34 où les nuages occupaient entre 10 et 50% de la voûte céleste. Sur les 71 jours présentant une nébulosité de 55% et plus, 43 ne laissaient aucune place au bleu du ciel. La proportion était de 53/46/82 l'hiver 2018.

Le danger 2019

Le SLF publiait déjà un bulletin national début novembre suite à la cinquantaine de cm tombés fin octobre. Généralement, le danger estimé par la vénérable institution basée à Davos correspond à nos estimations locales, nous sommes plus souvent gênés par un degré trop élevé que sous-estimé. Si le chef de sécurité peut adapter le danger vers le haut, il ne se risquera jamais à l'abaisser. Une nouvelle tendance tend à placer les régions en degré 4 après de fortes chutes de neige, même si la situation ne correspond pas exactement au texte. Ces matins-là, nous ne comprenons la réalité du terrain qu'après les premiers minages, je pense que devant l'inconnu, mieux vaut surestimer le danger. Un degré 4 fort aide à nos efforts de prévention. l'échelle de danger d'avalanches du slf au bout de ce lien.



Sur les 181 jours observés, 34 étaient en degré 1, 84,5 en degré 2, 57,5 en degré 3. Dès la mi-février, le réchauffement diurne augmentait parfois le danger, compté alors en 1/2 journée. 18 jours affichèrent un degré évoluant à la mi-journée. les 10 et 12 décembre, 14 et 15 janvier et 15 mars furent placés en degré 4 après de fortes chutes de neige.

Avril 2019

J'avais trois jours de cours à Vercorin du 3 au 5 avril, et loupais un épisode qui emmena 43cm de neige sur une sous-couche encore dure et stable. Les collègues repartirent à la mine, la matinée ensoleillée du 5 permit l'intervention de l'hélicoptère. En rentrant, je traçais mon chemin dans 30cm de fraîche, mon champ de mesure à Zinal arborait fièrement 51cm à la règle. Si l'enneigement à 2500m fut excellent cet hiver, la couche n'a jamais atteint les 60cm en station. Le redoux rapide compactait le neige vendredi 5, les bombes des collègues ne déclenchèrent que quelques combes remplies par des vents fluctuants. La journée devait être grandiose à skier, mais la chaleur puis le regel d'une nuit fraîche gâchèrent le ski du week-end, qui fut croûteux sauf sur les pentes plein Nord au-dessus de 2600m.

Les températures remontèrent encore par la suite, et le soleil d'avril pourrit le manteau rapidement. Les soucis liés à la neige de printemps revinrent, nous devions fermer des secteurs l'après-midi et miner les pentes exposées au soleil en amont des pistes ouvertes.

Inversion le 13 avril à 11h, ciel cristallin au-dessus de 2700m.
Il manque, je le répète chaque année, un effort de prévention sur les dangers de la neige de printemps auprès du grand public. La neige pourrite, mouillée sur toute l'épaisseur du manteau, ne doit pas être skiée, on sort des pistes jusqu'à l'apéro puis basta. Le neige mouillée est imprévisible, une boulette provoque parfois d'énormes avalanches, nous ne pouvons pas déclencher toutes les boulettes du domaine. Seules les pentes qui mettent en danger les pistes ouvertes sont traitées. La règle est valable en haute montagne; nous observions le 18 avril deux alpinistes qui gravissaient la face Nord des pointes de Mourti à 13h, chacun allant de son commentaire sur la dangerosité de l'expédition et la folie des hommes. Vers 15h, nous retrouvions nos deux compères en vrac au fond de la pente. Il semble que le premier engagé dans la descente aie déclenché la coulée qui l'emporta jusqu'au fond. le deuxième put le rejoindre mais sa trace montre qu'il n'en menait pas large. Sans mal, quasi miraculée, la victime qui avait perdu ses skis fut évacuée en hélico. Quand je vous dis que la montagne pardonne beaucoup!

La pointe de Mourti le 18 avril à 15h. Cliquez pour agrandir.

Les minages les plus tendus ne sont pas les plus spectaculaires. Le samedi 20, nous partions miner les pentes en amont de Combe Durand pour espérer ouvrir l'installation les dimanche et lundi de Pâques encore bien fréquentés. En passant par l'arête, nous avons déclenché facilement les portions en amont de la route qui mène à Barthélémy. Puis il fallut s'engager dans le terrain pour déclencher la grosse face où j'avais effectué un profil le 5 février. Alors que nous étions sûrs d'obtenir un bon résultat, nous n'avons déclenché que des languettes, la neige était si visqueuse que l'ensemble ne décrochait pas. Je tenais en surface pour atteindre le dernier point de tir, plaçais 5kg de Tovex, puis m'enfonçais jusqu'au sol en fuyant la zone. Le temps est relatif, les 90 secondes des mèches passent bien plus long à l'abri derrière une arête que lorsqu'on évalue mal son chemin de fuite. La charge ne déclencha pas la pente, le chef de la sécurité jugea la zone suffisamment ébranlée pour permettre aux machines de préparer les pistes pour le lendemain.

Minage de printemps le 20 avril à Combe Durand

Nous avons fermé les installations le mardi 23, alors que nous restons habituellement ouverts la semaine après Pâques. Je ne commente pas cette décision de la direction, beaucoup s'en sont plaints dans les bistrots, aucun lors de l'assemblée des actionnaires. J'étais pour ma part heureux de terminer cette longue saison, je travaillais depuis le 5 novembre six jours par semaine. Le mercredi 24, une nouvelle tempête balayait la montagne vide, une rafale à 111 km/h monta sur la troisième marche du podium saisonnier. La fin du mois resta maussade et ajouta 37cm au cumul, ce qui porta le total de l'hiver à 608cm. La dernière semaine, j'ai utilisé les mesures de la sonde de Tracuit. 

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Retrouvez les données du vallon de Zinal à 8h sur la feuille de calcul avril 2019 et le bulletin climatologique d'avril sur le site de MétéoSuisse.

Mars 2019

Après un réchauffement jusqu'en haute altitude fin février, nous avions sécurisé la plupart des pentes problématiques en amont des pistes. Si bien que le coup de froid début mars, gelant le manteau en profondeur, nous permit d'accueillir les nouveaux apports sur un substrat favorable. La première quinzaine du mois des giboulées, selon un dicton souvent vérifié, vit une série de perturbations d'Ouest emmener une septantaine de cm sans dépasser la quinzaine par matin. De petits minages de vérification suffirent à garder la maîtrise de la situation, malgré des vents forts avec trois pics dépassant les 100km/h. Dans la nuit du 15 mars, une mesure NW atteint les 99km/h, ce dernier épisode de la série fut le plus intéressant. Il apporta 37cm de fraîche sur un manteau devenu complexe, avec de nombreuses petites couches successives déplacées par des vents variants du SSW au NNW. La météo défavorable du 15 au matin cachait nos résultats, nous minâmes le centre du domaine mais attendions l'éclaircie prévue en fin de journée pour avoir une vision d'ensemble, et effectuer le grand minage en hélicoptère. Il fut plutôt décevant sur le secteur Zinal, plus efficace à Bendolla où les épisodes successifs d'ouest avaient gavé les nombreuses pentes exposées Est et difficiles à atteindre à skis. Encore une fois à Zinal, l'avalanche de la Lée assura le spectacle :



Le point de minage à 3150m emporte la neige d'une vaste face qui déborde ensuite dans les falaises des Gardes de Bordon, passé ce point c'est une chute quasi libre jusqu'aux plats de la Lée. Une fois les pistes de ski de fond évacuées, aucune infrastructure en aval n'exige une minage à mi-pente qui réduirait la puissance du phénomène. Cette spectaculaire avalanche est souvent déclenchée par une unique bombe. Et quel spectacle depuis la station! Ce vendredi 15 mars, le résultat allait surprendre les nombreux promeneurs du week-end, et les montagnards en chemin vers la haute montagne qui traversent ce passage obligé vers le fond du vallon.

Avalanche de la Lée du 15 mars prise de drone par Boris

Au lieu de s'étaler au fond des falaises, la neige glissa en longues traînées à travers la vallée, jusqu'à la rivière pour la plus imposante. Comme quelques photos parlent mieux qu'une longue description, visitez l'article de notre amis Claude sur le blog images en ballade. On voit que la neige de l'avalanche a glissé sur les plats, créant en certains endroits de véritables allées bien lisses au milieu du chaos des blocs. Ce phénomène plus que la quantité de neige permit à certains bras de la coulée de progresser loin. Je n'ai pas eu loisir d'aller tenter d'analyser le terrain, j'avais déjà observé cette curiosité 23.12.2013, quand l'avalanche de Singlinaz avait largement débordé sur la piste de ski créant aussi de longues allées et des murs lisses au milieu des blocs. Dans les deux cas, une puissante et rapide avalanche déclenchée en poudreuse rencontra plus bas de la neige lourde et mouillée sur un substrat bien tassé.

Le week-end suivant resta tendu, un minage fin samedi matin révéla de nombreuses petites plaques résiduelles une centaine de mètres sous les arêtes. Comme nous ne pouvons pas miner toutes les plaquelettes qui ne menacent pas directement les pistes, certains se sont fait peur. Encore une fois, la Montagne s'est montrée clémente.

La falaise en aval est souvent plus dangereuse que la neige

Une situation anticyclonique persistante éclaira la fin du mois, la fraîcheur des nuits claires laissait un manteau bien stable en journée, nous libérant du gros soucis du risque d'avalanches sur le domaine skiable. Le mois se termina par une superbe journée ensoleillée, 150 personnes profitèrent du lever de soleil depuis la Corne de Sorebois le dimanche 31.

Mars 2019, cliquez pour agrandir

La température moyenne à la Corne à 8h de -6.6° fut 2° plus élevée que l'hiver 2018, déjà trop chaud pour un mois de mars à 2900m. Avec 121cm de neige tombée ce mois, nous avons dépassé la moyenne saisonnière des 30 dernières années alors qu'il reste tout avril pour améliorer ce score. Vous pouvez consulter la feuille de calcul des mesures du vallon et le bulletin climatologique mars 2019 de MétéoSuisse au bout de ces liens.