Profil pente NE 7 décembre 2018

07.12.2018   Le seul logiciel efficace pour dessiner un profil nivologique que j'ai pu tester appartient au SLF, il permet aux observateurs rémunérés d'envoyer des données sous copyright. Je retranscrit habituellement mes relevés sur papier que je scanne, ou modifie un profil vierge avec un logiciel de dessin. Le site snowpilot.org permet de créer et partager facilement des profils plus ou moins sophistiqués selon la précision des relevés.

La situation est atypique et mérite un article que j'espère publier demain, nous avons vécu une journée printanière avec +3° à 13h à la Corne de Sorebois. De demain samedi à mardi, MétéoSuisse annonce plusieurs fronts tempétueux, qui nous valent une alerte vent de degré 3 avec des rafales possibles de 150km/h, et une alerte neige de degré 3 avec 90 à 110cm possibles au-dessus de 1400m. Tout ça sur un substrat compliqué, nous avons encore provoqué aujourd'hui de grosses coulées sur les pentes Nord. Si les prévisions se confirment, la semaine prochaine sera sportive.


Pour réaliser ce premier profil sans prendre de risque, j'ai choisi une petite pente exposée NE à 2500m près de l'Avalanche Training Center et de mon champ de mesures. Les plats à proximité étaient mouillés sur toute l'épaisseur du manteau. Si la couche déjà travaillée regèle avant le nouvel apport, elle constituera un fond idéale pour les pistes damées, mais de nombreux pièges subsisteront longtemps en Montagne.

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Les neiges d'antan

25.11.2018 - 18h     Le bulletin climatologique octobre 2018 montre un mois exceptionnellement doux et ensoleillé comme prévu, la surprise vient "des plus basses pressions jamais atteintes depuis le début des mesures", en fin de période. Alors que j'avais pour ma part remarqué des pressions anormalement hautes pendant l'épisode anticyclonique. Températures, pressions et précipitations jouent au yoyo d'un extrême à l'autre. La première quinzaine de novembre montre des courbes de températures largement trop élevées pour l'enneigement technique. Ces dernières années, Zinal parvint à proposer avant le 10 novembre des pistes d'entraînement aux compétiteurs. Un chute brutale du mercure le 17 permit enfin de produire de la neige de qualité en-dessus de 2500m. Le graphique ci-dessous montre les températures à 8h du matin, vous pouvez retrouver les données exactes en suivant ce lien vers le graphique interactif. Une situation foehnique modérée a prédominé la première quinzaine de novembre. La nuit passée, un bref épisode du Sud-Ouest souffla sur nos monts, une rafale mesurée à 89km/h établit un record provisoire.

Complété en fin de mois. Cliquez pour agrandir.
Les usines à neige de tout le canton produisent depuis le 17 au matin; du moins dans les stations de haute altitude, peu exposées au soleil, qui profitent d'un bon approvisionnement en eau, car la sécheresse sévit toujours. Le sud des Alpes enregistre plus de 200% des précipitations normales, la Romandie reste à 30%, la semaine à venir ne rattrapera pas ce retard et le froid fige les eaux de surface. C'est sec à l'os, mais le danger d'incendies reste sur 1 faible. A n'y rien comprendre...

L'arête de Sorebois le dimanche 18 novembre à 15h30
J'ai titré cet article "les neiges d'antan", du latin ante annum, l'an dernier. Ce sont bien les neiges de l'an passé qui ont rempli le barrage de Moiry où les remontées mécaniques puisent l'eau pour l'enneigement technique. Ces mêmes neiges turbinées en vallée fournissent l'énergie renouvelable qui alimente l'usine à neige et les installations. Nous skions depuis jeudi sur les neiges d'antan, au sens littéral.

L'arête de Sorebois jeudi 22 novembre à 13h
En collaboration avec SwissSki, Grimentz-Zinal a amélioré l'enneigement technique des pistes de la Corne de Sorebois, la noire du Col est entièrement équipées pour tracer une piste de vitesse. Nous aurons encore plus d'athlètes à l'entraînement à Zinal. C'est une clientèle agréable mais exigeante, qui apprécie une neige très dure, difficile à maîtriser pour le commun des skieurs.

Les premières images de la saison inaugurent L'album public Hiver 2019. La semaine prochaine sera dominée par un régime d'Ouest perturbé et frais, sans précipitations significatives hélas. La célèbre émission Temps présent consacre un reportage à la gestion des dangers naturels; elle n'encourage pas le peuplement des régions de montagne. On parle de Zinal à la 40ème minute , la station y est décrite comme une erreur du passé. Deux séquences sont tirées de ma chaîne YouTube. Nous vivons en zones rouges, abrités derrière les croix érigées par nos ancêtres. Des caravanes de citadins nous rejoignent tous les week-ends, fuyant leurs existences organisées, planifiées, sécurisées... Ils passent sous nos filets, mettent leurs vies en péril pour les joies d'une glissade ou l'attrait d'une aventure. C'est peut-être soumise aux éléments, face au danger, le couteau sous la gorge, que la Vie exhale toutes ses fragrances.

Hiver 2019 - Situation initiale

Sorebois le 3 novembre 2018 à 13h
08.11.2018  -  Il faut remonter à novembre 2012 pour voir une montagne enneigée en début de mois, prémices alors d'un hiver 2013 bien enneigé avec 731cm de cumul. Espérons que ce nouveau millésime se révèle aussi intéressant. Après le passage d'un bref front froid le 1er du mois, octobre fut exceptionnellement doux et sec, encore plus que l'année passée semble-t-il. Attendons le rapport climatologique de MétéoSuisse pour confirmer cette impression. Les pressions étaient affolantes, au-delà des possibilités de calibration de mes altimètres; la sécheresse alertait paysans, autorités et médias de tout l'Ouest de l'Europe.

La situation évolua radicalement en fin de mois, MétéoSuisse annonça la dégradation avec une bonne semaine d'avance. Quelques infimes traces blanches de la perturbation du 1er subsistaient sur les pentes Nord au-dessus de 2600m, quand un premier front blanchit le vallon, 12cm à 1700m le 27. Les autorités et médias criaient au loup devant la situation annoncée par MétéoSuisse pour le lundi 29, une remontée du Sud devait noyer le Tessin et le Haut-Valais placés en degré d'alerte 4, alors qu'Anniviers et les vallées latérales du bas se préparaient à des pluies de degré 3. Cellules de crises en alerte rouge pour, finalement, une bonne pluie qui permettrait enfin de lever les interdictions de feu. Je mesurais à Zinal 50.5mm d'eau du 27 au 30, dont 29.6mm pour la journée du lundi 29. Le cumul de neige atteignit 50cm, comme dans les livres, à 2500m, le tout dans un fort courant du SSE dont une rafale mesurée à 116km/h lundi 29. Cette neige n'entrera pas dans le cumul de l'hiver 2019 que je mesure dès le 1er novembre, il restait alors 36cm au plat à 2500m. Les deux premiers jours du mois restant nébuleux, j'effectuais ma traditionnelle promenade pour photographier le domaine skiable d'en face sous le soleil du samedi 3. Je marchais dans la neige dès 2000m, et m'enfonçais dans 20cm croûtés au-dessus de 2100m. La progression était... pas difficile mais chiante, et je me contentais d'une image de Sorebois à 2250m en 615800/110300, économisant par paresse les 700m qui manquaient pour atteindre l'habituel Tônet à 2350m. Les skis auraient aidé la progression en montée, mais je les aurais détruit en descente.

Le terrain n'est pas gelé, dorénavant protégé de ce blanc manteau il ne durcira certainement pas de l'hiver. Il reste 30cm de neige au plat à 2500m, le paysage montre bien l'effet des vents du Sud. Les proéminences et bosses exposées sont pelées, on observe de belles accumulations au sommet des couloirs exposés au Nord. Le SLF a, c'est exceptionnel, placé la région en degré 2 dès le début du mois, et émet depuis un bulletin tous les matin. Dans les faits, nous ne risquons rien en Anniviers sous 2900m, mais la situation doit être très délicate en haute montagne. Les canons à neige ont fonctionné sur le haut du domaine, les tas témoignent  d'essais plus que d'une réelle production de neige. On ne peut pas skier, au sens réel du terme, la neige recouvre juste les pâturages. Elle fond rapidement jusqu'à la limite des forêts, disparaîtra rapidement des pentes exposées Est-Sud-Ouest jusqu'à 3000m, mais subsistera jusqu'à 2000m dans les pentes Nord. La couche s'y transformera lentement mais sûrement, selon les conditions qui précéderont les prochaines neiges. C'eut été un bon substrat si l'hiver se fut mieux installé, mais...

Il fait à nouveau beaucoup trop chaud. Nous trouvons en surface de la neige les températures que nous espérons mesurer à 2m du sol. Je publie ce mot le 8, j'ai repris du service pour les remontées mécaniques; j'entretiens le matériel en attendant l'hiver. Le ciel reste perturbé dans un flux du Sud doux, il pleut régulièrement jusqu'à 2300m, les éclaircies fondent immédiatement la neige fraîche en amont. Impossible de produire de l'artificielle, MétéoSuisse nous annonces le retour d'un anticyclone et de températures anormales la semaine prochaine. Je doute que les pluies de la dernière quinzaine suffisent à remettre à niveau lacs et nappes phréatiques.

les situations initiales des dix derniers hivers  Hiver 2009   Hiver 2010   Hiver 2011   Hiver 2012   Hiver 2013    Hiver 2014   Hiver 2015   Hiver 2016    Hiver 2017   Hiver 2018

L'été des Moyes, et des chauves-souris

L'été au mayen des Moyes m'a marqué émotionnellement, j'y ai passé l'essentiel de mes loisirs. Les sujets du blog restent la météo et le milieu naturel en Anniviers. Donc :

Zinal, le 8 août à 19h30
Alors qu'il me semble avoir observé une nette baisse des effectifs chez les grands mammifères, les petits se portent bien. Les renards se font plus rares, on rencontre moins d'animaux galeux ou visiblement en mauvaise santé. Ils semblent avoir laissé plus de place dans l'écosystème aux souris, écureuils, lièvres et marmottes qu'on rencontre désormais en forêt à 1400m. Les corvidés en général profitent du climat, couples de grands corbeaux, geais et autres casse-noix prolifèrent. Mon chemin a croisé quatre vipères, ce qui est... assez. Les chauves-souris ont attiré souvent mon attention. On les voyait autrefois chasser en soirée autour des lampadaires en vallée, elles ont égayé la plupart de mes soirées en extérieur cet été. J'en ai trouvé dans un galetas, et quatre victimes en bordures de routes. J'ai découvert à Ayer le cadavre de ce qui semble être un lérot, rongeur que je n'avais jamais observé ni piégé. Je rappelle que ce ne sont que des observations personnelles, subjectives, celles d'un curieux qui vit en immersion. Les statistiques officielles sont produites dans des bureaux en ville, on sait déjà que la chasse fut médiocre.

Un lérot? Merci de me contacter en cas d'erreur.
La couche de neige, impressionnante mi-avril, fondit rapidement sous le soleil exceptionnel de la dernière quinzaine du mois. Dès la mi-mai, on accédait pieds secs aux mayens jusqu'à 2000m. Mai fut doux, normalement pluvieux. Sur un terrain encore gorgé des eaux de fonte, la croissance des végétaux fut ahurissante. Nous imaginions des crues, glissements de terrains et autres catastrophe à la fonte des masses record de neige. Tout se passa bien, seuls quelques talus fragilisés par des routes s'éboulèrent au printemps. L'eau ayant pu s'infiltrer doucement dans le terrain, les sources taries en 2017 retrouvèrent toute leur vigueur. A la fin d'un été aride, elles donnent encore raisonnablement. On distingua facilement ces deux dernières années les sources alimentées par des réseaux profonds de celles dépendantes des précipitations annuelles. Les arbres enracinés dans un terrain détrempé ont mal supporté le poids des neiges hivernales, beaucoup de spécimens gisaient au sol, les racines à l'air. Les promenades forestières viraient au gymkhana avant le passage des services d'entretien.

En juin débuta l'été le plus chaud et aride depuis 2003, des orages arrosèrent encore les prés qui fournirent une fenaison précoce, supérieure à la moyenne selon certains, exceptionnelle selon d'autres. L'inalpe de Nava se déroula sous un soleil parfait le 16 juin, les pâturent étaient libres de neige. Après la première fauche en vallée, les prés sans irrigation brunirent, la croissance des végétaux ralentit, la nature sécha sous un soleil de plomb. Seuls de forts orages très localisé arrosèrent le terrain, l'eau n'avait pas le temps de s'infiltrer. Chaque pluie en juillet fut destructrice et mobilisa les services d'intervention. La crue de la Navizence du 2 juillet fait l'objet d'un précédent article, notons juste que les dégâts estimés à 20 millions après l'événement atteignent fin octobre quatre fois ce chiffre.

Le 6 août, le torrent de Laulosses à Zinal débordait
Le centre de Lausanne fut inondé le 11 juin, Sion le 6 août, dans les deux cas par des cellules orageuses très localisées. Une lave torrentielle a dévalé le couloir du Peterey le mardi 24 juillet vers 22h, ce qui n'était plus arrivé depuis 2013. La nouvelle digue est presque terminée mais les boues ont, à cette occasion, coupé brièvement les deux routes en aval. Les principales manifestations anniviardes profitèrent d'un temps estival, sauf le marché artisanal de Vissoie qui subit des pluies, et un déluge s'abattit sur les festivités du 1er août. La Fête-Dieu, le camp des Moyes, Sierre-Zinal et le Grand-Raid profitèrent du nouveau climat. La vigne aussi; comme en 1834, année de la dernière crue historique de la Navizence, la vendange fut précoce, excellent en quantité et qualité. A la fin de l'été, les paysans manquaient déjà de pâtures et importaient de grosses quantités de fourrage. Une interdiction de faire du feu tomba le 13 juillet pour durer jusqu'au 24 août, une seconde moins agressive de niveau 4 fut décrétée du 29 septembre au 29 octobre. Une petite incursion hivernale blanchit les sommets début octobre, la neige survécu dans les pentes Nord au-dessus de 2900m malgré un nouvel été indien à l'ensoleillement et aux températures records. La dégradation en fin de mois sera décrite dans le premier article du semestre hivernal.

Pied de chasselas le 18 septembre à Corin
Selon les bulletins climatologiques de MétéoSuisse, mai fut le 5ème plus chaud depuis le début des mesures, juin le 4ème, juillet le 5ème, août le 3ème, septembre le 2ème, octobre sera sur le podium. La majorité des scientifiques annonce depuis mon enfance un changement climatique extrême dû aux rejets de carbone et de gaz de synthèse dans l’atmosphère. Après un hiver record, nous pensions que les glaciers seraient épargnés cet été, mais ce fut finalement une fonte exceptionnelle. Paradoxe dans notre vallée, la lutte contre le changement climatique s'accompagne d'une combustion de diesel, essence et autre kérosène, incroyable. Tout l'été, camions, pelles mécaniques, hélicoptères chargés de matériel ou d'experts, ont sillonné les routes et les cieux pour réparer le lit de la Navizence, construire des digues, réparer des accès détruits par les intempéries, ingénioriser... Ce n'est pas anecdotique, des processions de camions chargés de pierres ont arpenté les routes. Montez en Anniviers derrière un camion chargé de blocs pour voir et renifler le paradoxe auquel nous sommes confrontés! Espérons comme l'affirment certains que la précession des équinoxes, les perturbations cycliques du champ magnétiques ou autres théories soient responsables des soubresauts climatiques. Si ce sont vraiment les activités humaines, et la combustions rapide des millions d'années de forêts fossilisées qui perturbent le climat, nous rajoutons du poison sur les plaies.

L'album public été 2018 est en ligne, je n'en suis pas fier; problèmes de réglages puis perte de mon appareil principal, destruction de mon pixel qui prenait d'excellentes photos... Et peu de randos dans la vallée cet été alors que mes images publiques sont toutes prises en Anniviers.

L'été des Moyes

J'avais 24 ans, accompagnateur fraîchement diplômé, quand on m'a demandé de reprendre l'organisation du traditionnel camp des enfants au mayen des Moyes. J'en gardais des souvenirs d'enfance mitigés; égocentrique de naissance, l'école, les camps et autres animations de groupes n'étaient que passages obligés entre deux moments de liberté. Je montais néanmoins constater l'état des lieux, voir s'il me semblait possible d'y passer une semaine avec les enfants du village. Orties et épilobes occupaient le terrain, on osait pas s'asseoir dans les bâtiments livrés aux insectes et aux rongeurs. Un peu désabusé, je montais sur le toit et m'asseyais sur le faîte à l'heure du coucher du soleil. J'eu à ce moment le coup de foudre qui, avec vingt ans de recul, eut le plus d'impact sur ma vie. Ce lieu, sous la crasse et les orties, était magnifique, magique.

Le mayen vu de drone pendants le camp des enfants 2016
Avec les jeunes du village, nous avons organisé en 1997 le premier camp des Moyes de l'ère numérique et fondé l'association Ayer pour demain pour le pérenniser. Je proposais dans un travail de diplôme de consacrer l'endroit au tourisme doux naissant; sans aucune envie de m'impliquer au niveau commercial, je suis accompagnateur, animateur et conteur, en aucun cas entrepreneur, encore moins restaurateur. La commune et les autorités touristiques ont snobé mon idée, le tourisme doux à Ayer attendrait... Je suis depuis le gardien des lieux, j'entretiens les alentours et les bâtiments, et nous avons vécu en juillet avec 90 jeunes, dont le plus âgé ne compte que la moitié de mes jours, le 22ème camp des enfants. Pour fêter les 200 ans du mayen, Ayer pour demain a obtenu l'autorisation exceptionnelle d'y tenir buvette les week-ends de juillet et août. Le nouveau sentier didactique Zau Zoura et le tour VTT d'Anniviers passent par les Moyes, l'endroit a profité de 20 ans d'entretien régulier et de quelques investissements communaux, une buvette sympathique accueillait les randonneurs dans la forêt d'Ayer... Ma vision s'est réalisée! Avant de passer à la saison des glissades, je tiens à remercier tous les acteurs de l'aventure Ayer pour demain, les parents d'Anniviers et habitants d'Ayer qui, bien qu'intrigués voire méfiants, nous ont toujours soutenu. Avec une tendresse particulière pour les fondateurs de l'association qui nous confient maintenant leur progéniture.

L'ouverture de la buvette le 30 juin avec Alex, Sven et Coco
J'ai passé l'essentiel des heures libres de mon été aux Moyes, à entretenir les lieux, à couper du bois, à câliner les ânes ou à picoler avec les jeunes. Comme nous n'avons pas pu faire de feu du 14 juillet au 25 août, j'ai conté devant des images projetées des lieux des légendes. C'était sympa, mais j'étais obligé de suivre les diapositives sans varier les histoires. Je m'attache aux lieux, 25 saisons d'hiver à Sorebois, 22 étés à entretenir et animer les Moyes, les gens partent, les pierres restent... Il n'y aura plus de buvette, mais des événements ponctuels selon les idées des jeunes de l'association qui utilisent le mayen pour leurs fêtes. Je suis fier d'avoir contribué à leur transmettre ce patrimoine, et heureux quand ils montent s'en mettre une sous les étoiles, à refaire le monde autour d'un feu, comme tous les jeunes fous depuis l'aube des Hommes.

L'équipe du camp 2018 le 13 juillet

Orages et inondations du 2 juillet 2018

Le 2 juillet 2018, un violent orage éclata vers 18h au fond du vallon de Zinal. La Navizence était déjà gonflée par l'effet de températures estivales sur les neiges résiduelles d'un hiver record. Les pluies gonflèrent la rivière qui connut sa pire crue depuis la débâcle de 1834. Bien au chaud dans mon mayen, je suivais le phénomène depuis mon ordinateur, et ma fenêtre. 

J'ai compris vers 18h30 que l’événement serait exceptionnel, ce qui m'incita à prendre quelques captures d'écrans et à filmer la Navizence. Pour donner vie à ces images et tester un nouveau logiciel de montage, j'ai créé ce film sans ambition esthétique qui témoigne assez précisément de l'épisode tel que je l'ai vécu. En fin d'article, les meilleures descriptions sur le web.



Hiver 2018 - Conclusions

18 mai 2018     J'aimerais partager mes informations sur la neige en direct, la dimension du blog était choisie pour permettre la lecture sur smartphones. Ce n'est pas mon rôle, je ne regrette pas, j'ai mieux à faire que pianoter sur un clavier avec deux mètres de neige sous les spatules. L'exercice est périlleux, les sites officiels doivent tenir l'information à jour, un manquement leur serait reproché en cas d'accident. C'est déjà beau d'avoir du temps sur mon travail pour publier les mesures du matin, et de contribuer au partage des messages d'alertes et de prévention. Pour le reste, c'est avec du recul, la tête reposée, loin du délicat porte-à faux avec mon employeur, que je résume ici mes hivers pour la dixième année. Techniquement tout est dit; 842cm de cumul, 5 tempêtes, des mercures à -25°... Les articles précédents, les feuilles de calcul, l'album photo, les tweets, la page Google+ permettent de revivre l'exceptionnel hiver 2018. Je serai un peu plus philosophe dans ces conclusions.

Je choisis chaque saison une photo représentative; le ciel rougeoyant du 5 janvier au matin me trouble encore. Au sortir d'une grosse tempête nous arrivions au Col, les machines avaient déclenché des avalanches monstrueuses, nous partions le sac plein de bombes sur l'arête de Barthélémy sous un ciel magique. Je n'ai jamais déplacé autant de neige en quelques heures que ce matin-là. C'est un métier spécial, plein d'instants forts.

Le 5 janvier à 8h, juste après Eléanor
Les avalanches du début janvier ont emporté un jeune pin d'arole sur le dernier tronçon de la piste de l'Aigle; le machiniste l'a coupé pour dégager le passage. Je croisais le sourire de cette victime innocente tous les matins et tous les soirs en ouvrant et fermant la piste. Impossible de perdre le moral quand même les arbres arrachés vous sourient. Ce drôle de smiley me servira d'avatar cet été.


Le scénario de la saison est parfait, une couche de fond précoce, du froid pour l'enneigement artificiel en début de saison, un gros paquet de neige pendant le creux de janvier, et une fin d'hiver assez fraîche pour garder les pistes parfaites jusqu'en avril. Comme en 2013, le poids de la neige écrasa les faiblesses du manteau qui forma un ensemble majoritairement stable jusqu'à la fin. Un terrain gelé aurait évité les avalanches de glissements. Le tunnel creusé début février évolua, mais on le traversait encore mi-avril sans l'avoir entretenu. L'estivale dernière quinzaine amorça une fonte rapide mais mesurée, l'eau pénétra le terrain et alimentera les sources taries l'été passé. A coup sûr, des pluies intenses sur cette neige fondante auraient entraîné inondations et glissements de terrain catastrophiques. C'est arrivé, mais modérément...

Le tunnel de la Corne le 15 avril
La montagne est généreuse, si un millième des affronts aux règles de sécurité élémentaires portaient à conséquences, nous compterions les victimes par centaines chaque hiver. Le millésime 2018 fut meurtrier en Valais, le sort épargna le vallon de Zinal. On ne compte qu'une victime en Anniviers, elle randonnait dans un couloir improbable sur les hauts de St-Luc en début de saison. C'est beau le freeride, il reste un doute même quand on s'élance sur une pente minée, la montée d'adrénaline fait partie du sport, de la vie. J'ai par contre un parfait mépris pour ceux qui mettent les autres en danger, en skiant des pentes en amont de pistes ouvertes au public en particulier. Les parents et moniteurs qui font prendre des risques inutiles aux enfants méritent aussi des coups de bâtons.

Vents du Sud le 12 avril à 9h30
Nous vivons quasi chaque hiver un jour de grand beau temps, gâché de vents qui empêchent les transports à câbles; ce fut le 12 avril cette année. La situation s'est rétablie vers 11h, mais les clients qui ne voient pas les montagnes depuis la station ne comprennent pas. Ci-dessous les liens vers les feuilles de calcul de la saison; de ces mesures journalières je tire les statistiques et le résumé de la saison, pour les remontées mécaniques et pour ce blog. Novembre 2017, Décembre 2017, Janvier 2018, Février 2018, Mars 2018, Avril 2018

J'ai commencé les mesures et leur partage il y a dix ans, je me bonifie (n'est ce pas?) et la technique s'améliore, les photos sont meilleures, les outils numériques plus rapides et efficaces. Les chiffres sont précis, les expériences vécues. Nous avons des mesures de neige à Grimentz depuis 1957, à Bendolla depuis 1988. Les stations IFKIS enregistrent les données depuis la fin des années 1990, mais disséquer ces masses de chiffres me rebute. Les patrouilleurs d'autrefois remplissaient des rapports journaliers qui garnissent des cartons, je suis déjà trop vieux pour espérer mettre de l'ordre dans ces archives de mon vivant. Les forces motrices possèdent certainement des données depuis les années 1950 sur les précipitations du vallon de Zinal. On me conseille les archives de la commune d'Ayer et certains montrent des almanach annotés par leurs ancêtres. Les tempêtes de janvier étaient les plus puissantes depuis décembre 1999, les températures les plus basses de ces dix dernières années. Le chef de sécurité des débuts de Zinal m'a affirmé que seul l'hiver 1969/1970 avait dépassé les 8 mètres de neige cumulée.


Nos autorités désirant profiter des conditions parfaites pour cartographier le domaine, je me suis proposé pour passer au GPS les bords de pistes de Grimentz. La carte obtenue servira à moderniser le plan des pistes, et nous en connaissons enfin la superficie exacte. Je connais désormais mieux le secteur de Bendolla et ses habitants, le coup de speed pour terminer ce travail m'a épargné la langueur des fins de saisons. A tous points de vues, l'hiver 2018 restera remarquable! 

La couche 2018

Bug inédit dans les retours à la ligne sur cet article.
Recherche de solution en cours.

842 cm de cumul de neige du 1er novembre au 30 avril. 240 cm au jalon à Sorebois 2500m. Des mesures entre 180 et 240 cm du 21 janvier au 15 avril. L'année de tous les superlatifs, un enneigement parfait jusqu'à 1500m, une saison de rêve pour les mamteurs de sports d'hiver et la nouvelle référence pour les observateurs du vallon de Zinal et de Suisse. Le mois de janvier avec 335cm de neige frâiche restera dans les annales.

La mesure à 2500m chaque quizaine

Le cumul à 2500m par quinzaine


06.11.2017 = 27 cm, 07.11.2017 = 04 cm, 12.11.2017 = 12 cm, 13.11.2017 = 28 cm, 14.11.2017 = 09 cm, 20.11.2017 = 06 cm, 26.11.2017 = 12 cm, 30.11.2017 = 10 cm
Total novembre = 108 cm


08.12.2017 = 08 cm, 09.12.2017 = 12 cm, 10.12.2017 = 08 cm, 11.12.2017 = 20 cm, 12.12.2017 = 14 cm, 13.12.2017 = 06 cm, 14.12.2017 = 05 cm, 15.12.2017 = 13 cm, 17.12.2017 = 07 cm, 19.12.2017 = 16 cm, 28.12.2017 = 07 cm, 30.12.2015 = 26 cm, 31.12.2017 = 18 cm
Total décembre = 160 cm


01.01.2018 = 07 cm, 02.01.2018 = 06 cm, 03.01.2018 = 13 cm, 04.01.2018 = 34 cm, 05.01.2018 = 25 cm, 09.01.2018 = 83 cm, 17.01.2018 = 06 cm, 18.01.2018 = 14 cm, 19.01.2018 = 21 cm, 20.01.2018 = 16 cm, 22.01.2018 = 81 cm, 23.01.2018 = 29 cm
Total janvier = 335 cm


01.02.2018 = 06 cm, 02.02.2018 = 23 cm, 12.02.2018 = 09 cm, 13.02.2018 = 12 cm, 15.02.2018 = 08 cm, 16.02.2018 = 23 cm, 18.02.2018 = 12 cm
Total février = 93 cm


03.03.2018 = 07 cm, 04.03.2018 = 03 cm, 08.03.2018 = 06 cm, 12.03.2018 = 12 cm, 13.03.2018 = 06 cm, 16.03.2018 = 07 cm, 18.03.2018 = 06 cm, 19.03.2018 = 09 cm, 20.03.2018 = 05 cm, 23.03.2078 = 04 cm, 28.03.2018 = 10 cm, 29.03.2018 = 08 cm, 31.03.2018 = 27 cm
Total mars = 110 cm


01.04.2018 = 12 cm, 05.04.2018 = 04 cm, 11.04.2018 = 02 cm, 12.04.2018 = 04 cm, 13.04.2018 = 02 cm, 30.04.2018 = 12 cm
Total avril = 36 cm

Cumul hiver 2018 = 842 cm

Les records 2018

La plus forte rafale et le mercure le plus bas de 2018 battent les chiffres des dix dernières années. Il faut probablement remonter à l'ouragan Lothard fin décembre 1999 pour trouver des vents si puissants à la Corne. C'est également à cette époque que furent posées les stations météo locale à Tracuit et Sorebois. Les mesures antérieures ne sont que mythes et légendes.

Les vents:
Suivent  
122 km/h NW 306° le 21.01.2018 à 05h00
94 km/h N 7° le 12.11.2017 à 22h30
90.4 km/h S 180° le 11.12.2017 à 15h00
82 km/h W 207° le 05.11.2017 à 02h30

Le froid avec deux ex-aequo sur le podium:

suivent
-20.6° le 09.12.2017 à 18h00
-20,0° le 21.03.2018 à 05h00
-17.5° le 26.11.2017 à 06h50
-14.8° le 13.11.2017 à 01h10

Le danger 2018

Le SLF publiait son premier bulletin de la saison le dimanche 12 novembre. Nous avons compté jusqu'à fin avril 7,5 jours en danger 1, 66 jours en danger 2, 72,5 jours en danger 3, 8 jours en danger 4 et 1 jour en danger 5. Pendant 18 jours dont 6 après la fermeture de la station, le degré de danger augmentait suite au réchauffement diurne. 

Une saison tendue, le degré 1 qui occupe habituellement entre 20 et 25% des saisons n'a fait que quelques brèves apparitions. 8 jours en degré 4, ce qui n'a pas retenu les clients qui ont comme à leur habitude skié toutes les pentes atteignables par les installations, et une journée en degré extrême le lundi 22 janvier. Nous nous attendions à ce que le ciel nous tombe sur la tête, mais tout s'est bien passé. Les procédures sont rodées et les endroits dangereux connus.

La nébulosité 2018


La nébulosité par quinzaine
De début novembre à fin avril, j'ai noté le pourcentage du ciel occupé par des nuages à 8h du matin depuis Sorebois 2500m. 53 jours montraient un ciel d'azur ou troublé par moins de 5% de blanc; j'estimais 46 matins un ciel où le bleu dominait; 82 matins, les nuages occupaient la majeure partie du ciel, parmi eux 40 ne laissaient aucune place au bleu. Ratio de 53/46/82 à comparer au 62/40/80 de l'hiver 2016 et au 74/41/66 de 2017. La station était fermée la deuxième quinzaine d'avril, plus belle période d'une saison très couverte. A noter que sur les 22 week-ends ouvert au public, soit 44 jours, la proportion est de 10/9/25, pas bon pour les caisses...

Avril 2018

17.05.2018    Je mesurais 12cm à Sorebois au matin du 1er avril, 18cm en station pour cacher les oeufs. Le cumul depuis le 28 mars atteignait 70cm avec une bonne météo jusqu'à mardi; nous attendions du monde sur les pistes. Réouvrirent progressivement au rythme du minage puis du damage des secteurs, le retour en station et les pistes de ski de fond devraient attendre la purge des arêtes en hélicoptère. Les 4 gazex mis en place ne protègent pour l'heure que le secteur de Singlinaz, les travaux continuent cet été avec la pose de 6 nouveaux exploseurs. Aux commandes des gazex, je posais mon appareil sur un trépied pour tenter de filmer les résultats. Encore une fois, le gros de la masse de neige restait en place, mais la fraîche se déclenchait facilement. L'avalanche de la Lé montra un résultat spectaculaire pour la troisième fois cette saison. La zone de déclenchement est vaste, propice aux accumulations, mais la pente modérée retient les spontanées. Le minage déclenche la vaste pente qui surplombe le nord de l'alpe de la Lé, puis tombe d'une série de falaises avant de s'écraser sur la partie étroite du vallon qui est périodiquement dévasté par les coulées. L'aérosol s'élève haut sur le versant opposé, les images sont spectaculaires. Les pistes de ski de fond et l'accès aux cabanes sont menacés. Les images sont lointaines, mais stables et de bonne qualité contrairement aux produits des smartphones.

Le manteau s'était déjà détrempé partout sous 2500m, sur les face ensoleillées jusqu'à 3000m. Nous étions satisfaits du minages des endroits menaçants les pistes. Le lundi de Pâques, tout le domaine s'offrait à une très nombreuse clientèle, satisfaite de la journée et de la saison selon mes contacts. Pas de miracle, les températures printanières n'allaient pas attendre le 15 pour déstabiliser la neige en montagne, et les talus en vallée. Un éboulement nous contraint à fermer définitivement la piste de l'Aigle le 5 au matin, nous fermions les pistes exposées l'après-midi. Des avalanches de glissement constellaient le paysage, une plaque nous surprit le 6 vers 16h30 en amont du Chiesso; elle n'atteint pas la piste, mais nous avions obtenu un déclenchement la veille et pensions la zone sécurisée.

Aucune fissure n'a précédé ce glissement dans une zone fraîchement minée
Il est rare qu'une plaque suffisamment importante pour toucher les piste nous surprenne. Chat échaudé craint l'eau froide, nous avons redoublé de prudence et fermé les secteurs au moindre doute, parfois au grand dam des skieurs insouciants. Nous avions passé la saison sans accident et restons attentifs jusqu'à la dernière heure. Survivre à l'hiver le plus enneigée depuis plus de 30 ans demande une peu de science, de l'instinct, et beaucoup de chance comme en témoigne l'antique Chiesso de Tracuit épargné pour quelques mètres.

Le Chiesso de Tracuit, fraîchement rénové, le 12 avril 2018 
Beaucoup de coulées spontanées ponctuèrent le lundi 9 après une nuit couverte, malgré l'absence de soleil. Les autres jours, le regel nocturne sauva la situation jusqu'au dernier dimanche, où de nombreuses fissures apparurent en amont des pistes reléguant dans le centre du domaine les ultimes clients. Une fissure apparut dans le prolongement de la plaque du Chiesso du 6, juste en aval de la route nous avons poussé de la neige dans la fissure sans résultat. Les plaques de glissement se déclenchent quand elles veulent, passer dessous est une partie de roulette; l'équipement dans la neige lourde ne sert qu'à retrouver les corps broyés plus rapidement, et on ne "skie" pas les coulées de neige mouillée.
La sympathique petite station de Verbier accueillit notre sortie de fin de saison lundi 16. Nous avons comme d'habitude fait preuve de discrétion, et de la sobriété qui fait la réputation de notre team. A observer les énormes coulées autour du domaine bagnard, j'étais heureux de n'avoir pas à pousser le bouchon plus loin et plaignais mes collègues locaux qui jouaient les prolongations...


La deuxième partie du mois fut un festival de soleil et de douceur. La neige fondait rapidement en journée, le regel nocturne assurait une certaine cohésion du manteau et permit une saison de ski de randonnée magnifique. La Navizence restait calme, elle s'amplifiait certes en journée mais sans atteindre les niveaux que j'imaginais par ces températures. Après dix jours qui nous auraient étonné en juin, des crocus apparurent autour de mon jalon en station. Une fonte rapide et modérée, rien à voir avec celle, catastrophique, du dernier hiver fortement enneigé en 2013.

Du mardi 17, début des vacances, jusqu'à la fin du mois. 
Le bulletin climatologique avril 2018 de MétéoSuisse annonce le deuxième avril le plus chaud depuis le début des mesures en moyenne nationale. C'est assurément la deuxième partie du mois qui fit la différence. La neige fondit sur place, très peu de coulées au regard de 2013. Lien vers la feuille de calcul Vallon de Zinal avril 2018 résumée ci-dessous:


Mars 2018

15.05.2018     Mars a débuté par des courses FIS féminines sur les hauts de Sorebois. La piste principale est si souvent teintée de bleu que la couleur se remarque dans toute l'épaisseur du manteau. C'est un colorant alimentaire sans danger pour la nature qui sert à marquer le relief pour les concurrentes.

De la sortie de la ace à Etienne à l'entrée du Goulet le 1 mars 2018
Les températures sont restées fraîches et la nébulosité bien présente jusqu'au 20, quand 24cm de neige récente accompagnée de vents rendit nécessaire un contrôle des pentes; autant pour la neige fraîche que pour vérifier la cohésion du manteau qui se transformait en gros cristaux sur les faces Nord à Sud-Est. Le minage a révélé quelques pièges, mais la stabilité générale restait bonne. Nous redoutions un changement structurel capable de déranger, par métamorphose ou chaleur, la stabilité de cette masse incroyable de neige. Nous observions sur les faces ensoleillées de nombreuses gueules de baleines, elles lâchaient sur les fortes pentes, entraînant une neige lourde loin en aval. Le 16 mars, 4 personnes trouvaient la mort dans une avalanche de ce type au vallon d'Arbi.

Avalanche de glissement typique à Navetta/Ayer le 24 mars 2018
Les avalanches de neige mouillées, les reptations et avalanches de glissement ont préoccupé la deuxième moitié de notre mois. Si les stations de la rive droite du Rhône sont habituées à gérer les glissements, leur longue expérience n'a engendré que des solutions fatalistes; laisser fondre, fermer les pistes en aval, dévier la circulation. Il semble que rien ne permette de maîtriser le moment du déclenchement. Restent les modifications du terrain, digues, déviations ou arrêtes-neige, travaux estivaux peux esthétiques. Pour résumer le problème, lisez l'information sur les avalanches de glissement publiée par le SLF. Nous gérons la neige de printemps en déclenchant les pentes "mûres", soit détrempées, par minage ou en poussant la neige en machine ou à skis. Les grandes plaques de glissement résistent à ces méthodes et même le regel nocturne n'exclut pas l'éventuel déclenchement. Le secteur de la Tsarva à Grimentz est régulièrement confronté au problème; la zone la plus dangereuse à Zinal surplombe le passage de la Latta sur la piste de l'Aigle. J'y observais une belle déchirure du manteau le 23 au matin qui nous obligea à fermer la piste.

En amont de la route de la Latta le 24 mars 2018
La masse en mouvement mesure 30m de haut sur 50m de large, l'épaisseur du manteau est d'un peu plus d'un mètre, j'ai mesuré une masse volumique entre 260 et 290 kg/m3 sur tous les prélèvements. Tout le reste de la piste de l'Aigle était parfait, mais nous vendons des pistes sécurisées. Il convenait de réduire le danger, ou de fermer la zone. Le premier minage déclencha deux coulées autour de la partie en mouvement, sans effet sur la masse. Nous profitâmes d'un redoux le 26 pour tenter notre chance en doublant la charge en amont direct de la fissure, en vain. Le 29 enfin, dans un brouillard à couper au couteau, nous cherchions des points de tir beaucoup plus en amont, dans l'espoir d'envoyer un maximum de neige sur la plaque. La neige toute "pourrite", il était 17h quand l'avalanche déclenchée 40m en amont traversa la plaque de glissement sur sa moitié. Le haut du couloirs des auberges se déversa également jusqu'à la Navizence peu après. Nous pouvions envisager d'ouvrir le retour en station pour Pâques. 

En bleu la piste, en orange le déclenchement du 29 mars. Photo du 26 mars
Notre rôle est d'ouvrir des pistes sécurisées, nous posons un barrage avec filet et panneaux quand un danger subsiste. Evidemment la passage est étroit au regard de la piste de l'Aigle, et la plaque ne partira qu'une fois, faut pas avoir de chance... Ce sont des centaines de skieurs qui ont enjambé le filet, parfois avec des enfants en bas âge. J'ai même observé des moniteurs de camps, non-professionnels, qui jouaient à cette roulette montagnarde avec les enfants des autres. Il ne faut pas s'étonner que chaque année une vingtaine de personnes rentrent du ski dans une boîte en sapin.
   
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Le samedi 31 au matin, 31cm de fraîche effaçaient les vieilles traces avant le week-end Pascal. La sensation générale du mois est confirmée par le bulletin climatologique mars 2018 de MétéoSuisse, un mars frais et peu ensoleillé, les 104cm de cumul supplémentaires ont maintenu la couche proche des deux mètres. 

Février 2018

15.05.2018   Partager des informations sur l'état du manteau neigeux reste une gageure, la prudence du SLF qui n'exprime son bulletin qu'en phrases types normalisées le démontre.  C'est un pari sur leur vie que prennent ceux qui s'engagent hors des pistes ouvertes. Lorsque survient l'accident, même ceux qui "connaissent la montagne" cherchent à minimiser leurs responsabilités. Difficile de publier sur la situation en cours, sinon pour partager les messages d'alerte en situations extrêmes; il vaut mieux écrire l'histoire la guerre terminée. Voici tardivement le résumé de notre bataille de février.

Encore 29cm les deux premiers jours de février, mois habituel des belles tempêtes hivernales. Nous ne savions plus où mettre la neige, carnaval tombait tôt cette année et nous craignions de nouvelles perturbations les stations pleines. Les patrouilleurs ne sont pas inusables, courir les arêtes le sac chargé de bombes, avec l'attention nécessaire pour éviter les accidents, fatigue. Puis le ciel s'est calmé, nous avons pu passer au côté touristique du métier : baliser, garantir une circulation harmonieuse sur les pistes, informer, aider et secourir la clientèle. Les conditions de ski étaient idéales avec la plus belle couche de neige depuis plus de trente hivers, soit deux mètres de neige bien tassée au jalon à Sorebois, et une peu moins du mètre en station. Le pied! En haute saison, nous assurons une permanence au sommet des pistes pour intervenir rapidement sur le domaine. Pour marquer l'enneigement exceptionnel, je profitais de ce temps d'attente pour forer un tunnel de 8m de long et 190cm de haut dans la grosse congère laissée à la Corne par les tempêtes de janvier, plus de 7m de neige entassée et compactée par les vents. Ce tunnel est devenu une véritable attraction touristique.   

On traversait le tunnel à ski sans se baisser sur 8 mètres
La neige extrêmement dure était inattaquable à la pelle, les coups n'entaillaient que quelques cm. La tronçonneuse taillait par contre facilement de beaux blocs faciles à sortir du tunnel. On reconnaissait la strate du 9 janvier incrustée d'un sable brun-clair. Pendant que je creusais, mes collègues et des clients entassaient les blocs extraits dans des œuvres éphémères. Du 6 au 10 février, des températures hivernales modérées par un bel ensoleillement firent le bonheur des skieurs, un brouillard fluctuant entre 1500 et 2500m rajoutait au plaisir d'être en montagne. Des centaines de photos de la Couronne Impériale derrière nos kerns de neige circulaient sur les réseaux. J'inaugurais un nouvel appareil photo.

Les déblais du tunnel devant la Couronne Impériale 
Depuis la Corne de Sorebois, nous dominons les vallons de Zinal et de Moiry et observons toutes sortes de pentes. La montagne régulièrement minée et skiée subit plus tardivement les changements internes du manteau neigeux. Le terrain tiédi par un octobre doux, protégé par des neiges précoces et abondantes, allait favoriser les avalanches de glissement. Depuis le début du mois, de belles gueules de baleines s'ouvraient sur les fortes pentes, à commencer par les marécageuses pour s'étendre sur les faces exposées au soleil. Nous sommes impuissants devant le phénomène qui résiste au minage, la plaque lâche quant elle veut, quelle que soit la température ou l'ensoleillement. Nous ne pouvons qu'éviter la zone en aval du phénomène, surtout quand le moindre déclenchement emporte une couche de plus d'un mètre d'une densité de 300 kg/m3. Dès la mi-février, nous observions les premiers déclenchements sous 2300m, le problème nous préoccupera jusqu'en fin de saison.  

Avalanche de glissement dans le lac de Moiry le 19 février
Du 12 au 18 février, 64cm rafraîchirent la surface du manteau et élevèrent la couche au-dessus des 2m quelques jours. Une neige bienvenue, nous commencions à manquer de pentes à tracer. La fréquentation des stations en février fut bonne, je pense que les chiffres des remontées mécaniques le confirmeront. Nous avons déclenché de belles coulées pendant la période, mais rien d'exceptionnel. Le manteau en place, épais et compact, collait à la montagne sur la plupart des pentes au-dessus de 2300m. Pour couronner ce février hivernal mais bien ensoleillé, une vague de froid exceptionnelle figea le pays en fin de mois avec la plus basse température mesurée à la Corne depuis 10 ans, soit -25.7° le 27 à 6h00 du matin.   

Atmosphère brumeuse, filets givrés; quand on voit le froid... 
Avec un manteau épais, des températures fraîches et un renouvellement de la surface traçable au milieu du mois, février 2018 restera comme un idéal dans les mémoires des amateurs de sports d'hiver. Toutes les pistes ouvertes, des conditions de freeride idéales jusqu'en vallée, mais aussi des pistes de ski de fond, des patinoires et autres pistes de luge en parfait état... Nos station proposèrent un "produit", comme ils disent, idéal, difficile à atteindre depuis que le climat s'adoucit. La feuille de calcul février 2018 retient les données précises de ce mois de rêve, la simple contemplation du diagramme produit par ces données me ravit... 


Records de froid

06.03 2018   Les valeurs d'autrefois tiennent souvent du mythe. Je note les températures le matin à 8h sur ma station météo de Zinal 1700m, sur la stations IFKIS de Tracuit à 2600m qui indique la valeur en surface de la neige, et sur la station IFKIS de la Corne de Sorebois. Du 25 au 29 février, une vague de froid, décrite par le blog MétéoSuisse, s'est abattue sur l'Europe. Au matin du 27 février, Je notais -21.8° pour Zinal et -34.3° en surface de la neige. Le records depuis le début de mes mesures en novembre 2008 est enregistré à la Corne à 6h du matin avec -25.7°. Seul le plus bas mercure pour chaque vague de froid est pris en compte. Beaucoup de chiffres fantaisistes viennent de thermomètres placés trop près du sol ou des bâtiments. Le soleil dominait un ciel laiteux et la bise épargnait la région, rendant l'épisode supportable. 


Suivent :
-23.6 le 31 janvier 2009 à 8h00, -23.3 le 17 janvier 2017 à 4h30, -22.4 le 13 février 2009 à 7h30
Un autre record est tombé ce 27 février à 3h00: -34.3 en surface de la neige