Janvier 2018 dans le PAS

12.02.2018    On a beaucoup parlé de la neige et de Zinal dans le Paysage Audiovisuel Suisse ce mois de janvier 2018. Je concentre ici quelques passages intéressants, Google tout puissant vous aidera à en trouver plein d'autres. En italique mes réflexions personnelles.

4 janvier Canal 9: Les gars font énormément de travail pour sécuriser le domaine skiable
Lors du passage d'Eleanor, notre directeur explique le pourquoi et le comment des fermetures d'installations, et autres incidences de la tempête sur les remontées mécaniques. Sans oublier le mot gentil pour ceux qui triment dans la tempête. Du beau boulot de communication comme de journalisme.  


4 janvier Canal 9: En Anniviers, Claude Peter et ses collègues veillent sur la sécurité de 22'000 personnes en haute saison
La télévision régionale prend encore le temps d'un reportage complet sur la situation en Anniviers, avec une belle valorisation des personnes et du système qui veillent sur nous.

9 janvier Canal 9: Route vers Zinal fermée en raison du danger d'avalanches: plus de 300 enfants belges bloqués à Sierre
300 enfants belges attendus à l'hôtel Intersoc sont bloqués à Sierre. Penser à toutes les conséquences d'une décision de fermeture...

9 janvier TSR: La route de Zinal est fermée
Les fortes précipitations après l'épisode foehnique du 7 janvier sur la Télélvision Suisse Romande, le média le plus entendu. Anniviers était le seul bout de Romandie vraiment atteint par l'événement, un débordement du sud.

21 janvier Le Nouvelliste: Zinal: 28 chalets évacués, la route coupée depuis Ayer
Le Nouvelliste est la référence valaisanne, le journal conservateur de nos ancêtres. Une information claire, exacte et vérifiée. Mais payante, ce qui exclut de cette page les articles et les liens les plus intéressants. 

21 janvier 20 Minutes: Danger d'avalanches, le village de Zinal évacué
28 chalets ne font pas Zinal. Contenu, illustration, références, tout est bidon. Le journal gratuit.

21 janvier Le Matin: Danger d'avalanches, le village de Zinal évacué
Ben si tu prends le 20 Minuten comme référence...

22 janvier TSR: Danger d'avalanche maximal en Valais avec évacuations et routes coupées
De belles images de l'ambiance à Zinal, village coupé du monde aux caves pleines. Et comme il aime les caméras mon chef...

22 janvier TSR: Enneigement, vers des records
La route de Zinal coupée, les journalistes ont visité Grimentz et Ayer. Nous avions ce jours-là la même couche à Sorebois 2500m qu'à Bendolla 2150m, pour un cumul de 575cm à Sorebois et 626 à Bendolla. La couche allait rapidement se tasser sous les 2m à Sorebois. J'ai mis l'intégralité de la grand-messe de ce jour particulier, le passage local commence vers 4m45s.



27 janvier TSR: Minage des avalanches, stocks d'explosifs en baisse
Reportage intéressant sur la production des explosifs destinés aux déclenchements. Je l'ai surtout gardé parce qu'ils ont récupéré des images du 14 décembre, on revoit mon...  


Cet article peut s'enrichir de nouveaux liens. Le prochain résumera janvier 2018, que nous attendions depuis février 1999. 

Evi, David et cetera

04.02.2018     Nous étions groggy, une quantité de neige déjà étonnante, des records de froid et de vent, et MétéoSuisse nous annonçait une nouvelle série de tempêtes dans un courant d'ouest très actif. Les festivités devaient commencer lundi 15 janvier en fin de journée, elles allaient durer une semaine. Avec de grosses quantités, nous sommes plus prudents et gardons une marge d'erreur autant lors de la progression dans le terrain, qu'en évaluant la taille et les conséquences des avalanches provoquées. Dans l'absolu, le travail est le même; nous montons tôt le matin, suivons les parcours de minage, une fois les pentes sécurisées les machines peuvent commencer le déblaiement et le damage, si le vent n'est pas trop violent les installations montent les skieurs. Si nous ne pouvons ni accéder ni constater de visu que les zones de minage sont purgées, nous fermons pistes ou routes et évacuons les endroits menacés. Simple sur le papier, tout devient plus étrange quand Dame Nature met tant de zèle à nous surprendre. Nous étions déjà gavés de neige avant la huitaine du 15 au 23, la sonde de la Corne immortalisa les exploits d'Éole. Un tableau à compléter de 147cm de neige cumulée sur la période. Ouf!

Le vent à la Corne du lundi 15 au mardi 23
Dès 60 km/h, le vent déplace la neige fraîche et les remontées mécaniques risquent de dérailler. Valeur atteinte le 16 pendant la nuit, la tempête nommée Evi souffla ensuite rapidement à 120 km/h pour atteindre un paroxysme avec deux pointes à 141,8 km/h NW mercredi dans la matinée. C'est énorme, des valeurs rares également sur la durée. MétéoSuisse s'est fendu d'un article sur le nom des tempêtes, juste de quoi comprendre que c'est un international bordel peut-être en voie de régularisation. Après Evi devait se pointer David, consultez la page wikipédia des tempêtes de l'hiver pour comprendre qu'il n'y a rien à comprendre sur ces noms. J'ai vu une tempête énorme de mardi matin à mercredi soir, des vents soutenus avec des pics à près de 100km/h la nuit de jeudi à vendredi, un remontée spectaculaire à près de 120 km/h de samedi à dimanche matin, et un final décoiffant quoique sous les 100 les 12 dernières heures du lundi 22. J'ai trouvé de la neige sur la planchette tous les matins du 17 au 23, la plus grosse chute étant de 81cm mesurés lundi 22 à 8h. MétéoSuisse décrit trois pics de précipitations du 20 au 23 sur son blog.

Le restaurant de Sorebois le 22 janvier à 10h15
Dimanche 21 à midi les autorités fermaient la route de la vallée. Elles avaient émis un communiqué le 19 pour prévenir les clients des stations du risque. Le site www.annibook.ch informe rapidement de la situation et de l'état d'ouverture des différentes infrastructures. Un net progrès! Lundi 22 la situation était désespérée, 240cm du jalon se cachaient sous la couche. Nous croulions sous la neige à Sorebois, le village en vallée coupé du monde selon l'expression consacrée. Il pleuvait abondamment sous 2300m, la station ruisselait, on pataugeait en degré de danger 5, les Gardes à Bordon dégoulinaient sans discontinuer. Nous étions évacués selon les torchons rigolos; 29 chalets en fait, la station doit en compter plus de 300. Grosse couverture médiatique pour la région, alors que la Suisse entière souffrait des nombreuses inondations et glissements de terrains. Nouveauté à laquelle je n'avais songé, le trajet par Grimentz-téléphérique de liaison-téléphérique de Sorebois pourrait maintenant permettre, si besoin, un accès d'urgence en cas d'isolation totale de Zinal. 

Anniviers le mardi 23 avant la première bombe
Mardi 23 le ciel dégagé avait croûté la neige en station, nous accédions assez facilement en machine sur l'arête de Sorebois. Le paysage grandiose; ce fameux calme qui précède les tempêtes les suit aussi, l’atmosphère prenait aux tripes. La montagne était potelée, toute arrondie, immaculée. La météo annonçait plusieurs jours de trêve, nous minions pour ouvrir les routes, les pistes, les installations. La plupart des grosses avalanches s'étaient déclenchées spontanément, une cinquantaine de cm restaient en place partout. Le minage fut frustrant, la couche écrasée sous son poids était et reste remarquablement stable. Le minage par hélicoptère donna d'impressionnants résultats sur les pentes Est de Bendolla, peux dans le vallon de Zinal.

Les machines ont creusé un passage pour les cabines du téléphérique

Les huits jours d'Evi et cetera m'ont finalement moins impressionné
qu'Eleanor en début de mois. Beaucoup de neige purge les grandes pentes, puis tasse les couches faibles. Nous trouvons une situation durablement stable quand nous nous réapproprions le terrain, comme en mars 2013. Après le minage le travail continue, nous savions une belle fenêtre météo et avons péniblement remis le domaine en fonction. Nous avons depuis deux mètres de neige et un danger limité, le rêve! Le prochain article cataloguera des liens vers des journaux, reportages et images publiés pendant cet épisode.

Après le foehn

03.02.2018   Ce mois de janvier ne se contentera pas d'un résumé. Entre-deux dépressions baptisées s'est déroulé un épisode plus discret particulier à la région. Une situation de foehn s'est installée, nous étions le 7 janvier en bordure du "mur de foehn" bien visible derrière le Besso. Le vent soufflait SSE à SE, alors que si notre foehn vient du sud, on le connaît mieux avec une tendance Ouest. La situation décrite sur le blog de MétéoSuisse montre en début d'épisode de fortes précipitations sur le Simplon et l'arête Sud des Alpes. Parfois les précipitations débordent jusqu'en Anniviers, ce qui emmène de beaux cumuls. Le foehn s'est calmé lundi 8 au matin, la planchette était soufflée, pas de mesure. Il a neigé abondamment toute la journée, on mesurait déjà plus de 30cm à 16h à 2500m, il pleuvait à 1600m. Au réveil mardi, la sonde de Tracuit montrait plus de 70cm en 24h, le double de celle d'Orzival, nous étions en limite du phénomène. La route cantonale fermée, le village pas déblayé, je  partais bosser peaux aux skis. Traverser la station mardi matin m'a marqué, la civilisation avait abdiqué devant la neige. Seuls les gros 4/4 circulaient, les matinaux déblayaient devant leurs portes, les pompiers bloquaient la route du monde.   

Le centre de Zinal mardi 9 à 7h20
Je mesurais 83cm mardi 9 à 8h, un record en 24 heures depuis 10 ans au moins. Pendant la journée, la pluie trempa le manteau jusqu'à 2200m, et l'humidifia jusqu'à 2500m. On ne retrouva pas cette neige sous les arêtes au minage, elle s'était accumulée dans les combes jusqu'à 2600m, et formait une couche uniforme en-dessous. Des avalanches spontanées de moyennes à grande ampleur marquaient le paysage matinal, toutes sur des pentes connues, dans des dimensions normales. La principale surprise du minage engloutit les balises déjà remplacées sur le croisement Durand-Aigle. La route est restée fermée un jour et demi sous danger 4 fort. Cette neige gorgée d'un sable brun sera facilement reconnaissable dans les profils. Le minage du 10 sur une neige dense eut de beaux résultats sur les grosses pentes, très peu sur les déclivités moyennes.

Les Gardes à Bordon le 10 à 8h20

Danger 5 très fort

Carte du danger pour lundi 22 janvier 2018
21.01.2018 - 18h00    Situation exceptionnelle, voies de communications coupées, zones dangereuses évacuées. La route Ayer Zinal est fermée depuis dimanche 21 à midi. Les sports d'hiver sont à proscrire, suivez scrupuleusement les consignes des autorités dans les zones concernées. Trouvez les information régionales sur la page des Breaking News du site annibook  http://www.annibook.ch/news/group/13056/all  et le bulletin d'avalanches sur le site du slf https://www.slf.ch/fr/bulletin-davalanches-et-situation-nivologique.html

La situation ne se rétablira pas avant mardi 23 au plus tôt. Pour l'instant, tout va bien !

22-01.2018 - 10h00   La planchette était entièrement dégagée par le vent hier matin alors que la sonde de Tracuit indiquait 19cm en 24 heures. Le vent à diminué, la neige est tombée à plat depuis hier matin 8h sur le champ de mesures à Sorebois 2500m. Résultat 81cm de bonne poudreuse en 24 heures. La neige à Zinal était détrempée, la nouvelle neige n'a fait que tasser l'ancienne, la valeur était de 112cm à 1700m. La règle à 2500m affichait 240cm, et le cumul saisonnier est désormais de 574cm. Il passera certainement demain au-delà des 6 mètres. Tout ça avant fin janvier...

Eleanor

19.01.2018 - 19h30   Fin 2017 et début 2018, un défilé de perturbations traversait le pays dans un puissant flux d'ouest. La courte pause du 31 décembre permit un minage efficace du vallon, puis les festivités reprirent avec une première tempête au doux nom de Carmen, qui passa plus au Nord et épargna les Alpes. Ce ne fut pas le cas de sa puînée Eleanor qui nous frappa de toute sa force le mercredi 3 janvier avec un pic de puissance à la mi-journée, deux rafales record mesurées à 155.2 km/h 290° entre 12h et 13h30. Je n'avais jamais atteint ces valeurs depuis 10 ans que je mesure la situation météo dans le vallon. Il semble même que le seul chiffre comparable pour la Corne de Sorebois date de décembre 1999 et de l'ouragan Lothard. Le vent s'est engouffré en vallée détruisant moult arbres et branches, la plus puissante rafale mesurée sur la station MétéoSuisse de Pralong afficha 83,9 km/h 42° à 9h50. Dans les mélézins, le sol était jonché de branches. Comme souvent, c'est le vent quelque peu retombé le jeudi 4 que je mesurais le gros des précipitations; au final les 5 premiers jours de 2018 laissèrent 85cm de cumul sur la planchette. Nous avons noté jeudi matin, malgré la faible visibilité et la tempête, de gros départs d'avalanches à la Corne de Sorebois et sur Tsirouc. La pluie mouilla le manteau jusqu'à la limite des forêts, laissant jusqu'à 2600m une neige lourde et dense. L'effet de souffle des grosses avalanches spontanées sur les plats de la Lé fut atténué par la masse volumique de la neige. Le grand couloirs de Singlinaz se purgea jeudi vers 20h30, un nuage de neige humide s'abattant sur la station.

La lé le 7 janvier, au premier plan l'avalanche de Singlinaz qui déborda largement sur la route et la piste de l'Aigle
Vendredi 5 au matin, nous partions miner conscients de trouver une situation rare. Aurore aux doigts de rose présidait un ciel qui allait hélas rapidement blanchir. De cette journée exceptionnelle, je souhaite garder le souvenir de trois avalanches à mon avis historiques. La première fut déclenchée par hélicoptère dans les pentes de Tsirouc. Tout le cirque se déclencha en poudreuse sur les hauts, la neige mouillée suivit le couloir des Roussons jusqu'au sommet du pré en face du village d'Ayer. J'avais 12 ans quand j'assistais le 22 février 1985 au dernier épisode historique de cette avalanche depuis Ayer. Plus puissante et en poudreuse, elle s'arrêta à 200m de la Navizence recouvrant la route cantonale de plusieurs mètres de neige. Un épisode à la genèse de ma passion pour les avalanches. Le printemps, il fallut nettoyer le pré des Roussons propriété de mes grands-parents. Par la suite, ce couloir fut coupé de cinq passages de routes capables d'absorber la puissance de l'avalanche, mon ancêtre affirma qu'elle n'atteindrait plus jamais son pré. On y était presque!


Je décris aussi pour mémoire l'avalanche du Col. Emmené sur l'arête par une machine, je m'apprêtais à commencer le minage et proposais au chauffeur d'ouvrir devant moi la route sur l'arête. Après quelques dizaines de mètres, il déclencha une plaque unique qui emporta tout le versant jusqu'à Barthélémy et recouvrit la piste bleue de la Combe sous plusieurs mètres, détruisant les canons à neige, emportant tout le balisage. L'économie de douze bombe me permit de continuer le minage en direction de Combe Durand et du Freeride.

L'arête du Col depuis le Plat de la Combe

Avec mon collègue Thibaud, nous avons provoqué une belle coulée qui atteint les grandes digues en amont du pylône d'angle de Durand. Puis nous nous sommes acharnés sur la pente au nord de l'arrivée du téléski. Déjà complètement purgée deux fois cette saison, elle ne broncha pas. Nous avons gravi la première bosse en direction du freeride et posé une bombe sur une accumulation évidente. Une cassure de 2 mètres fendit la masse qui entraîna plus bas une vaste plaque qui se propagea dans tout le cirque du domaine freeride. Les grandes digues furent largement débordées, la masse coula avec puissance jusqu'au croisement Chiesso-Durand-Zinal, combla le vallon du torrent, se répandit sur tout le "plat des parapentistes" pour enfin s'arrêter juste en amont de la cascade. En 1980, le même phénomène en l'absence de digues poursuivit pleine puissance jusqu'à la Navizence, détruisant par le souffle les parties boisée de la gare de départ du téléphérique. Un récurrence moins forte en 1981, puis l'ensemble de digues de Combe Durand protégea efficacement le téléphérique et la route de Zinal. Sans ces digues, nous aurions subi des dégâts similaires à 1980.

La Combe Durand photographiée en aval des grandes digues
Beaucoup d'autres coulées et avalanches dans le vallon témoignent d'un épisode exceptionnel, un des plus fort de ces trente dernières années. Nous en gardons souvenir par les rapports de minage et les photographies. Les trois événements décrits ne sont que les plus remarquables, de mon point de vue, des premiers jours de 2018.  

Décembre 2017

15.01.2018 - Sauf une belle accalmie et le fameux redoux de Noël, décembre continua comme il avait débuté, dynamique et hivernal. 160cm de neige tombée à 2500m, 11 jours avec des rafales de vent mesurées à plus de 50 km/h à la Corne de Sorebois, dont 6 jours avec des mesures dépassant les 75 km/h, un final à 127 km/h à la première minute du samedi 30. La mesure de la couche mit du temps à refléter la situation générale du manteau; le hasard des vents semblait s'acharner sur le champ de mesures situé entre Remointze et Tsarmettaz à 2500m, et ce ne sont que 44cm mesurés les deux derniers jours de l'année qui cachèrent le premier mètre du jalon. Les températures n'adoucirent pas la sensation générale de rudesse, deux épisodes avec des mercures sous les -20° les 9 et 29 du mois. Pour le contraste, la moyenne des températures au matin à la Corne le trop chaud décembre 2016 était de -3.01°, la moyenne du millésime 2017 est de -9.21°!

Le domaine skiable présentait déjà un enneigement magnifique le 19 décembre
3 jours de minages partiels dont un par hélicoptère le 13 sécurisèrent le domaine avant Noël. Je profitais de la belle journée du 23 pour réaliser un rapide profil sur terrain plat, histoire d'observer l'évolution de la couche en place. J'ai surtout constaté sur ce profil simplifié au 23.12.2017  que la chaleur du terrain provoquait un espace de neige fondante près du sol, surmonté d'une couche dure et gelée. Une PhotoSphère réalisée à la Corne de Sorebois le 24 décembre à 13h45 devait refléter la beauté de la période, une polissonnerie que je n'avais pas remarqué gâche un peu le coup d'oeil. Le 23, la piste de l'Aigle permettait le retour en station. Le danger en degré 4 le 11 est resté à 3 marqué jusqu'au 25 où le SLF nous offrit trois jours en degré 2 avant les festivités de fin d'année.  Nous avons notés quelques beaux résultats aux premiers minages, et nous pensions que la couche de fond ainsi brassée permettrait quelques semaines de stabilité. Erreur, les neiges des 30 et 31 se déclenchèrent facilement sur des pentes déjà purgées sans fond cristallisé, comme à l'arrivée de Combe Durand. Les 30 et 31 hélas, la pluie gâchait le manteau jusqu'à 2300m.

La feuille de calcul décembre 2017 résume mieux la situation météo que les mots, et seuls les rapports de minages permettent une idée précise de la très complexe situation avalancheuse de ce mois qui restera dans les annales. S'il ne faut retenir qu'un fait, c'est que le froid n'a pas gelé les zones humides, et que la couche d’approximativement un mètre fondait au contact du sol plus qu'elle ne cristallisait, jusqu'à 3000m au moins.

Décembre 2017, cliquez pour agrandir

Bonne année 2018

Téléjournal du 14.12.2017

Une équipe de télé nous a suivi mercredi... La gloriole...

Magnifique!

12.12.2017 - 19h30  Difficile d'imaginer meilleure base pour cet hiver 2018, les neiges naturelles de novembre ont évolué sereinement, sans redoux ni pluie, et les températures ont permis de créer une base artificielle solide sur les pistes équipées. Décembre débuta tranquillement, mais le yoyo des températures et 4 jours sans nuage ont favorisé la métamorphose de la neige. Alors que MétéoSuisse nous annonçait plusieurs perturbations actives dès le 8, je tirais un bilan du substrat sur lequel reposerait la nouvelle neige. Comme on a pas que ça à foutre, je me suis contenté d'une PhotoSphère et d'un profil-exprès filmé à l'arrivée de Tsarmettaz à 2700m. 


Conclusions: vallée jusqu'à 1800m et faces plein Sud jusqu'à 2600m libres de neige; pentes Nord et plats au-dessus de 2000m avec 40cm de neige bien métamorphosée sans aucune cohésion; pentes faciles à atteindre depuis les installations déjà bien skiées, traces durcies par le froid. Et quel froid: -20.1 samedi au petit matin, -20.6 à 18h à la Corne de Sorebois 2900m, record saisonnier. On atteint rarement pareilles profondeurs de mercure début décembre. Moralité: déclenchements naturels ou provoqués très faciles sur toutes les pentes, sauf plein soleil, dès les premières neiges. Lors du premier minage de la saison samedi, nous avons déclenché facilement toutes les pentes jouxtant le domaine skiable et peu se sont aventurés plus loin.  Heureusement la journée de dimanche fut morose et peu fréquentée. Nous étions sous la perturbation et avons mesuré 30cm entre 8 et 16h. Les précipitations ont cessé en début de nuit, un fort redoux ne laissa que 20cm à noter après tassement lundi matin à 8h. La station fermée en semaine, nous avons effectué les premiers tirs des Gazex lundi vers 10h30 pour un résultat faible. toutes les pentes abruptes s'étaient purgées spontanément. Trois jours de vents plein Sud ont accumulé la neige dans les combes, qui se déclenchaient sous la charge de neige accumulée. Aucune rafale n'a dépassé les 100 km/h, mais les vents sont restés soutenus toute la période.

Ce mardi, la météo annonçait de faibles précipitations, nous en avons profité pour purger un maximum de pentes sous l'arête de Sorebois jusqu'à Combe Durand. Nous avons provoqué de belles coulées sur les pentes moyennes qui ne s'étaient pas purgées seules, le degré 4 fort décrété dimanche soir n'avait plus lieu d'être et Davos avait remis la région, à raison, en degré 3. Les couloirs Nord se sont déchargés rapidement sous les accumulations dues au foehn, nous avons aidé les pentes moyennes exposées Est qui n'ont opposé que peu de résistance au minage.

La plaine du Rhône a connu un épisode exceptionnel dimanche, on parle de 80cm à Sion, record depuis 1971?! Panique sur les routes et compagnie. J'ai appelé mes parents à Sierre 550m dimanche soir, des gosses faisaient de la luge sur la rue de Borzuat comme mes frères et moi dans notre enfance. Ce qui arrivait chaque hiver voici 30 ans est considéré comme exceptionnel en 2017. Je souhaite plein de neige aux enfants de demain, le monde est tellement plus marrant quand il glisse. Demain mercredi le soleil devrait s'approprier le ciel, nous en profiterons pour terminer la purge des pentes surplombant les pistes et autres infrastructures à protéger. Puis un nouveau chapelet de perturbations amènera, selon les estimations, assez de neige pour redistribuer les cartes.


Alors que la neige s'accumulait dimanche, de nombreux randonneurs arrivaient à Sorebois par Singlinaz. Lundi par degré 4 justifié, des randonneurs et raquetteurs sillonnaient le vallon. Les habitudes de "consommation" des loisirs en montagne ont favorisé la liberté individuelle au détriment des activités encadrées par des professionnels conscients du danger. Si un véritable Hiver revient, les morts suivront, comme dans le feuilleton. 

Novembre 2017

06.12.2017 - 19h30    Ce fut un novembre normal; des précipitations sous forme de neige jusqu'en station, de belles chutes du mercure au gré des fronts froids, de belles hausses au retour du soleil, un climat idéal en montagne pour produire de la neige artificielle. Nous n'avons pas ressenti ce malaise discret que nous taisons en skiant sur des pistes artificielles bordées de pâturages, ni la déception d'un redoux ou d'un période de foehn détruisant la base de notre travail hivernal. Lors des premiers week-ends ouverts au public, les pistes étaient parfaites bien que durcies en fin de journée par le passage des nombreux skieurs. J'ai évité les hors-pistes dans l'attente de meilleures conditions, je suppose que les acharnés voulaient démolir leur ancien matériel avant le passage du Père Noël. L'ouverture au public le samedi 18 novembre enregistre un record de fréquentation, les skieurs romands sont venus nombreux étrenner le Magic Pass à Grimentz-Zinal. Un aventure à signaler, la station organisait un combiné masculin le mercredi 29 sous un ciel changeant et des températures glaciales. Avec les interruptions de course dues à la visibilité, la manche de super-G à duré 4 heures. Bravo aux bénévoles peu habitués à supporter ces conditions extrêmes. Comme de coutume, la feuille de calcul regroupant les mesures à 8h du matin est en ligne. Je suis étonné que le bulletin climatique du mois n'aie pas encore été publiée par MétéoSuisse. Je suppose des précipitations et un ensoleillement dans les normes, des températures légèrement en-dessous.

Les canons à neige assurent des pistes praticables jusqu'à Pâques
Les 108cm de neige tombée ont gardé une couche stable autour des 50cm, protégeant le terrain du froid. La terre des pentes Nord est gelée au-dessus de 2600m, tout reste mou ailleurs, les marécages et sources coulent encore, mais les principales cascades du vallon sont solides et praticables. Des débordements et le yoyo des températures laissent comme l'hiver passé de vastes plaques de glace cachées sous une neige encore peu épaisse. Un piège pour les randonneurs. Le premier bulletin régional annonçait un danger limité le 12 suivi par 4 jours en degré 3 marqué, ce qui était exagéré en-dessous de 3000m. Le mois s'est terminé en degré 2, nous n'avons pas brûlé de munition en novembre.

Cliquez sur le diagramme pour l'agrandir  


      

Un bon début, mais...

14.11.2017 - 18h30    Nous sommes clairement traumatisés par le début d'hiver précédent, quand les 104cm de la première quinzaine de novembre se firent d'abord bouffer par le foehn, puis achever par un décembre exceptionnellement doux et sec. La saison 2018 à beau démarrer sur les chapeaux de roues, nous regardons de biais ce blanc manteau fragile et menteur. Une première incursion hivernale apportait 31cm les 6 et 7 novembre, de quoi nous mettre dans l'ambiance. Le week-end passé, une tempête hivernale décrite sur le blog de MétéoSuisse nous apporta de quoi garantir l'ouverture au public prévue samedi 18. Un premier front chaud apporta d'abord 12cm à 2500m, la pluie ne laissant que quelques traces de neige sous 2000m. Une belle journée dimanche jusqu'au front froid express qui traversa le pays en soirée, apportant en quelques heures 25cm à Sorebois et faisant chuter les températures jusqu'à -14.8° à la Corne.

Dimanche 12 à 18h20 le front froid atteint les Alpes
Nous étions déjà dans la traîne vers 21h. Une traîne active lundi, avec des vents de plus de 50 km/h et des températures sous -10°, le ciel se dégagea complètement en fin de journée pour laisser toute la place au soleil ce jour. La situation est idéale pour préparer les pistes, la première neige lourde du front chaud, comme celle tassée par le vent, sont figées par le froid. L'air sec et les températures optimisent l'usine à neige.

La Face à Etienne ce mardi à 10h
Des sportifs s'entraînent depuis vendredi 10. La neige poudreuse, un peu molle au goût des compétiteurs, creuse autour des portes. Un excellent entraînement selon un cador, qui souriait en regardant gesticuler les jeunes. De nombreux français sont présents, l'ambiance générale est plombée par l'accident de David Poisson, un ami de Zinal.

La zone des Italiens, de premières avalanches spontanées
La neige est compacte, plaquée par les vents tempétueux d'un très large Ouest tendance Nord... Une mesure de 61cm à 2500m, plus de 80cm à l'altitude du téléphérique de liaison. De nombreuses avalanches spontanées, petites à moyennes. Le premier bulletin plaçait la région en danger limité le 12 pour passer à marqué le 13, évaluation conforme aux observations. La première victime de la saison est déplorée à Engelberg ce mardi. Les pistes ouvertes sont bonnes, le hors-pistes à 5/10 demain, à 4/10 ce week-end avec les zones croûtées. Les cailloux, juste cachés, sont bien plus dangereux que les avalanches.

Hiver 2018 - Situation initiale

05.11.2017 - 18h30  Il faut remonter à 2012 pour trouver de la neige à Sorebois  début novembre. J'ai repoussé au 2 la randonnée vers le Tônet d'où je prends la traditionnelle image du domaine skiable à la Toussaint. J'inaugure l'album et le libellé hiver 2018 par un clone des saisons précédentes; du pâturage loin d'être gelé, quelques résidus dans les faces ombragées, les premiers tas de neige artificielle.

Sorebois le 2 novembre 2017 à midi
A regarder de plus près, on remarque des zones vertes près des reposoirs et des marécages, octobre fut exceptionnellement ensoleillé et doux. La journée du 2 était un peu laiteuse entre deux jours radieux. Les 90 minutes de marche pour atteindre le Tônet appartiennent plus au rituel personnel qu'à la science, j'ai fait une photo-sphère de cet endroit magnifique. Cette technique fonctionne bien, c'est même bluffant avec un casque de réalité virtuelle, je l'utiliserai plus régulièrement. J'aborde la saison en pleine forme physique, avec enthousiasme et bonne humeur. La gestion de la neige et la sécurité des hôtes nous expose à des scénarios imprévisibles, aborder ces situations avec une longue expérience du terrain facilite le jeu. La principale difficulté vient de l'indiscipline des sportifs. Si toutes les consignes étaient respectées, ainsi que les filets, panneaux et règles générales de la montagne, nous aurions très peu de victimes. Equipez ce très peu d'un bon matériel bien utilisé il se réduira à très très peu.

Grande nouveauté cette année, 4 Gazex surplombent les pentes de Singlinaz et de la Lé. Ces gros tuyaux visibles sur l'arête des Gardes-de-Bordon permettent des déclenchements télécommandés, même par mauvais temps ou de nuit. Moins dépendants de l'hélicoptère, nous éviterons les grosses accumulations capables de toucher les infrastructures. Reste à persuader les randonneurs de respecter les fermetures avant les tirs, sur la route de Singlinaz et les piste de fond. Les déflagrations sont plus fortes qu'avec les explosifs, tout le vallon sera secoué. Je consacrerai un article complet quand je connaîtrai les procédures exactes.


Un beau front froid actif est entré samedi par l'ouest, il a commencé à pleuvoir à Zinal vers 7h ce dimanche matin, la limite de la neige d'abord à 1900m est arrivé vers 1600m à midi. Nous noterons demain les premières neige du millésime, la sonde de Tracuit affiche déjà 22cm pour 8cm à Zinal. La semaine s'annonce perturbée et froide, des conditions qui permettront de préparer des pistes pour l'ouverture au public le week-end des 18 et 19 novembre. Comme d'habitude, la situation météo du matin est publiée sur le compte twitter Annitrek, le danger d'avalanches sur le compte twitter Sorebois, les informations brèves et autres liens intéressants sur la page Google+ Annitrek, ce blog décrit la situation et affiche l'enneigement, les records saisonniers, et regroupe les liens intéressants. Les photos de la saison sont sur l'album public Hiver 2018 , les vidéos sur le compte YouTube. Vous pouvez comparer par curiosité les situations initiales des neuf hivers précédents Hiver 2009   Hiver 2010   Hiver 2011   Hiver 2012   Hiver 2013    Hiver 2014   Hiver 2015   Hiver 2016    Hiver 2017

2017 - L'été de l'âme

2014 fut l'été des champignons, 2015 celui des écureuils, 2016 celui des longues oreilles; je titre l'habituel résumé de la saison d'après une observation inhabituellement redondante, toujours en lien avec la nature et la météo. Toutes mes activités exigent une synchronisation avec le ciel et les cycles naturels. Comme un paysan, je m'organise d'après Dame Nature, ce lien permanent devient routinier, inconscient. Entre il fait frisquet ce matin et il fait -7,6° HR 60%, le blog.annitrek.ch partage la médiane entre les chiffres et le ressenti.

Le très partagé coucher de soleil sur la Couronne du 4 octobre 2017 depuis Nava à 19h15 

Une saison estivale facile à vivre, des températures à nouveau trop douces, des périodes ensoleillées suivies d'assez de pluies pour éviter les sécheresses mais un total des précipitations nettement sous les normes. Le tout accompagné par une fonte spectaculaire des glaciers peu protégés par le faible enneigement de l'hiver passé. Le danger d'incendies n'a pas excédé  4, aucune interdiction générale prononcée cet été malgré la chaleur dans les bureaux. Le bulletin climatologique été 2017 de MétéoSuisse comme celui du printemps résume le troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Un refroidissement mi-avril ravagea le vignoble et les vergers, un autre en septembre fit peur aux feuillus qui se colorèrent précocement. L'automne fut somptueux, octobre qualifié de flamboyant et magnifique par MétéoSuisse. Une fenaison normale sans plus, la pire vendange, une saison d'estivage du bétail facile, production de fruits dans la norme pour les sorbiers. Les principales manifestations en Anniviers ont bénéficié d'une météo favorable. J'ai remarqué une présence accrue du lièvre, beaucoup de souris. Six rencontres avec des vipères contre deux à trois habituellement. Les arolles ont de nouveau fourni abondance de cônes, écureuils et cassenoix prolifèrent. J'ai probablement perdu le cycle des arolles faute de rigueur dans l'observation. On a fait grand battage du braconnage d'un loup à Mayoux , et de l'installation d'une meute. L'album public Eté 2017 est en ligne, j'ai fait peu d'efforts cette saison dans les clichés comme dans les publications générales.

Dans le monde 10 ouragans dont 6 majeurs ont animé l'Atlantique Nord, Ophélia s'est perdue en Irlande, les incendies les plus spectaculaires ont touché la Californie, le Portugal et l'Espagne, les Chinois ont acheté 20 millions de véhicules neufs depuis le début de l'année, la concentration de CO2 est la plus forte depuis 5 millions d'années, l'économie libérale voit le mur et accélère... Peut-être pour passer à travers?

Inalpe de Nava le 17 juin à l'heure de l'apéro

Plus rigide encore que l'ossature, condamnée à suivre l'ensemble de l'individu, souvent surprise par les choix de l'esprit, parfois entraînée contre son gré par l'ensemble, on trouve l'âme. La mienne exigeait des choix; plusieurs projets menés à bien me laissent définir de nouveaux objectifs. Esprit et âme ont conversé l'été durant, dans un corps encore en excellent état, dans un pays merveilleux assez bien habité.

Conclusions des tractations neuronales : La croissance démographique galopante, le vol et le gaspillage des ressources par l'élite, la maîtrise que nous offrent la science et les machines laissent envisager trois scénarios. Dans le premier la nature, dont notre tempérament belliqueux, régule l'espèce jusqu'à un chiffre écologiquement acceptable. C'est l'idée du pire. Dans la deuxième, comme nous voulons tous vivre longtemps et avoir nombreuse descendance, nous apprenons à cohabiter. Dans la troisième nous colonisons l'univers en utilisant la science et l'instinct naturel de prolifération de la Vie, qui nous a peut-être créé uniquement pour échapper à la planète. Fan d'Asimov, je visualise bien cette hypothèse. Dans les deux cas où la régulation par extermination est évitée, nous devrons vivre en tas dans des citées géantes, des vaisseaux ou des colonies. Pour vivre dans un milieu confiné nous devons en maîtriser artificiellement tous les paramètres, le lien avec l'incroyable diversité de Dame Nature sera rompu, nous n'utiliserons que les parties que nous savons utiliser, que nous jugeons utiles. Tout semble préparer l'homme à la vie artificielle; technologies de la communication, nivellement des genres, véganisme, spécisme, éducation étatique, condamnation et rééducation de toute déviation ou instinct violent, exclusion des drogues naturelles au profit des cordes chimiques qui font dormir, sourire ou bander, veuillez lire la notice d'emballage. La notion d'animal de compagnie et son coût écologique exorbitant montre le divorce jusqu'à l'affectif entre l'homme-animal et l'homme-succédané que nous préparons.

Mon âme s'y refuse, elle veut rester au contact du côté sauvage de la nature, terminer cette existence au-dessus des moutons et des loups. Aimer sans adoucir l'élan qui m'y pousse, respecter animaux et plantes pour ce qu'ils sont, ni des décorations ni des doudous, m'extasier, apprendre de mes erreurs, choisir mes objectif, affronter l'impondérable et les échéances. Nous sommes la seule espèce à contrarier les instincts, je limite par dépit ce pouvoir à la procréation. J'espère que les hommes de demain pourront garder un pied sur le carrelage et l'autre dans la terre, mais crains que ce privilège ne survive à ma génération. Manutou a parlé, ugh!

La Clique

Je publie habituellement sur ma chaîne YouTube les montages humoristiques qui animent nos soupers d'entreprise. Ce clip illustre le travail des machinistes sous une musique de Kanye West jugée explicite, YouTube refuse de la rendre publique pour une question de droits d'auteurs, souvent réglés par la présence d'une petite pub. Comme il est plaisant de contourner les interdits, je l'ai postée sur mon drive et rendue disponible par ce lien:


A hue et à dia

L'amour de la nature extirpe ses aficionados du contexte socioculturel, le plaisir des choses dites simples offre un échappatoire facile aux vicissitudes de la vie de troupeau. En considérant "bien" ce qui nous stimule favorablement les neurones, et "mal" ce qui déplaît, sans filtre imposé ni effort, on s'invente un système de valeurs. Encore faut-il pouvoir suivre sa propre sagesse, la société tire sa force de la dictature du nombre et tend à éviter les électrons libres. A vouloir vivre sa définition du bien sans compromis on se retrouve seul; à observer le monde de son bastion intérieur en cherchant le mal et ses causes, on annihile doucement sa capacité d'aimer. Malgré ça, le loup solitaire n'est qu'un composant satellite de la meute, si elle s'éloigne, il la suivra.

L'état de solitude terrifie la majorité qui la considère anormale et pesante, elle est la béatitude du solitaire. Je suis ainsi fait, mes interactions sociales ne sont validées qu'après une période de calme et d'introspection. L'immersion dans la nature, la contemplation d'un paysage de montagne, d'un torrent, des vagues ou d'un feu, rend l'idée au chaos qui la lave puis la retourne à la raison, qui peut à son tour la trouver digne d'intégrer l'âme. Le solitaire vit par et pour les autres, ses pensées par et pour son âme. Je soupçonne de couardise ceux qui, à l'autre extrême, puisent, confortent et intègrent les idées au sein du groupe uniquement. Ils imaginent un univers artificiel logique et contrôlable, se cachant par mille subterfuges ce chaos d'où nous sommes issus, où nous retournons inexorablement.

Ravis que vous me lisiez toujours à ce stade du discours. Internet permet au solitaire-près-du-feu-dans-sa-cabane d'interagir à l'envie, puis de soumettre immédiatement la pensée au chaos. J'utilise beaucoup l'outil, c'est souvent fort d'une idée validée que je retourne dans la meute. Puis rentre penaud, incapable de restructurer un schéma mental inadapté. Rattrapé par la réalité, j'ai cessé d'émettre en janvier, histoire d'éviter de compliquer une situation qui me dépassait aux niveaux professionnels et affectifs. Un jour de perplexité, je regardais la posture des âne qui paissent l'été durant à la Tzoucdana, ils semblaient tirer à hue et à dia selon l'expression consacrée. Comme le monde, comme ma décision de continuer ou pas de rendre publics mots et images de ma vie.

"Je t'aime! Moi non plus!" ou "Je vais par là, mais pas sans toi!"
J'ai tranché début septembre en publiant mes articles de blog de l'hiver passé. J'ai du plaisir à observer l'évolution de la neige comme à transcrire les mesures et mes modestes analyses. C'est partie de mon travail hivernal d'observer, mesurer et constater; le partage est pur altruisme et n'engage à rien. Il crée une relation particulière avec les habitués du vallon qui lisent le blog, et évitent les questions répétitives comme l'éternel: "Combien de neige tombée cette saison?"

Les publications numériques dépendent du business des machines, et de celui particulièrement capricieux des logiciels. Mon HP acheté en 2010 sous Seven est mort d'un cancer de Windows fin janvier; une mise à jour intempestive l'a laissé tourner en boucle. La bécane acquise ce printemps tourne sous Ubuntu, j'en suis satisfait et prends désormais plaisir à utiliser les nouveaux logiciels, libres, auxquels j'ai dû m'habituer. On les disait plus configurables, il faut en effet plus les configurer... 

Et il y a Google tout puissant, qui m'a séduit jadis par sa philosophie d'entreprise, la simplicité voire la pureté des produits, l'efficacité des outils gratuits à disposition contre un peu de publicité ciblée. En contrepartie tes publications comme leurs supports appartiennent à la firme, qui ferme un service sans recours pour celui qui y a ses habitudes, et souvent passé beaucoup de temps dessus. Reader, Picasa, Buzz... à quand la fermeture de blogger qui héberge tant de temps et de mots lancés à la volée? Allez, restons optimistes, tout meurt.