Février 2018

15.05.2018   Partager des informations sur l'état du manteau neigeux reste une gageure, la prudence du SLF qui n'exprime son bulletin qu'en phrases types normalisées le démontre.  C'est un pari sur leur vie que prennent ceux qui s'engagent hors des pistes ouvertes. Lorsque survient l'accident, même ceux qui "connaissent la montagne" cherchent à minimiser leurs responsabilités. Difficile de publier sur la situation en cours, sinon pour partager les messages d'alerte en situations extrêmes; il vaut mieux écrire l'histoire la guerre terminée. Voici tardivement le résumé de notre bataille de février.

Encore 29cm les deux premiers jours de février, mois habituel des belles tempêtes hivernales. Nous ne savions plus où mettre la neige, carnaval tombait tôt cette année et nous craignions de nouvelles perturbations les stations pleines. Les patrouilleurs ne sont pas inusables, courir les arêtes le sac chargé de bombes, avec l'attention nécessaire pour éviter les accidents, fatigue. Puis le ciel s'est calmé, nous avons pu passer au côté touristique du métier : baliser, garantir une circulation harmonieuse sur les pistes, informer, aider et secourir la clientèle. Les conditions de ski étaient idéales avec la plus belle couche de neige depuis plus de trente hivers, soit deux mètres de neige bien tassée au jalon à Sorebois, et une peu moins du mètre en station. Le pied! En haute saison, nous assurons une permanence au sommet des pistes pour intervenir rapidement sur le domaine. Pour marquer l'enneigement exceptionnel, je profitais de ce temps d'attente pour forer un tunnel de 8m de long et 190cm de haut dans la grosse congère laissée à la Corne par les tempêtes de janvier, plus de 7m de neige entassée et compactée par les vents. Ce tunnel est devenu une véritable attraction touristique.   

On traversait le tunnel à ski sans se baisser sur 8 mètres
La neige extrêmement dure était inattaquable à la pelle, les coups n'entaillaient que quelques cm. La tronçonneuse taillait par contre facilement de beaux blocs faciles à sortir du tunnel. On reconnaissait la strate du 9 janvier incrustée d'un sable brun-clair. Pendant que je creusais, mes collègues et des clients entassaient les blocs extraits dans des œuvres éphémères. Du 6 au 10 février, des températures hivernales modérées par un bel ensoleillement firent le bonheur des skieurs, un brouillard fluctuant entre 1500 et 2500m rajoutait au plaisir d'être en montagne. Des centaines de photos de la Couronne Impériale derrière nos kerns de neige circulaient sur les réseaux. J'inaugurais un nouvel appareil photo.

Les déblais du tunnel devant la Couronne Impériale 
Depuis la Corne de Sorebois, nous dominons les vallons de Zinal et de Moiry et observons toutes sortes de pentes. La montagne régulièrement minée et skiée subit plus tardivement les changements internes du manteau neigeux. Le terrain tiédi par un octobre doux, protégé par des neiges précoces et abondantes, allait favoriser les avalanches de glissement. Depuis le début du mois, de belles gueules de baleines s'ouvraient sur les fortes pentes, à commencer par les marécageuses pour s'étendre sur les faces exposées au soleil. Nous sommes impuissants devant le phénomène qui résiste au minage, la plaque lâche quant elle veut, quelle que soit la température ou l'ensoleillement. Nous ne pouvons qu'éviter la zone en aval du phénomène, surtout quand le moindre déclenchement emporte une couche de plus d'un mètre d'une densité de 300 kg/m3. Dès la mi-février, nous observions les premiers déclenchements sous 2300m, le problème nous préoccupera jusqu'en fin de saison.  

Avalanche de glissement dans le lac de Moiry le 19 février
Du 12 au 18 février, 64cm rafraîchirent la surface du manteau et élevèrent la couche au-dessus des 2m quelques jours. Une neige bienvenue, nous commencions à manquer de pentes à tracer. La fréquentation des stations en février fut bonne, je pense que les chiffres des remontées mécaniques le confirmeront. Nous avons déclenché de belles coulées pendant la période, mais rien d'exceptionnel. Le manteau en place, épais et compact, collait à la montagne sur la plupart des pentes au-dessus de 2300m. Pour couronner ce février hivernal mais bien ensoleillé, une vague de froid exceptionnelle figea le pays en fin de mois avec la plus basse température mesurée à la Corne depuis 10 ans, soit -25.7° le 27 à 6h00 du matin.   

Atmosphère brumeuse, filets givrés; quand on voit le froid... 
Avec un manteau épais, des températures fraîches et un renouvellement de la surface traçable au milieu du mois, février 2018 restera comme un idéal dans les mémoires des amateurs de sports d'hiver. Toutes les pistes ouvertes, des conditions de freeride idéales jusqu'en vallée, mais aussi des pistes de ski de fond, des patinoires et autres pistes de luge en parfait état... Nos station proposèrent un "produit", comme ils disent, idéal, difficile à atteindre depuis que le climat s'adoucit. La feuille de calcul février 2018 retient les données précises de ce mois de rêve, la simple contemplation du diagramme produit par ces données me ravit... 


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