Couche de fond, qui fond

10.12.2018   C'est la providentielle chute des températures mi-novembre qui sauva notre début de saison, permettant l'enneigement artificiel du domaine. Malgré l'apport d'une vingtaine de cm en fin de mois, Il ne restait qu'un peu de neige naturelle dans les pentes Nord et les zones ombragées comme Tsirouc et la Combe Durand début décembre; la neige s'y métamorphosait lentement, mais sûrement. Le graphique et les données du mois de novembre relate une période trop chaude, trop sèche, suivant l'habituelle rengaine. Début décembre apporta une trentaine de cm de neige fraîche déplacée par des vents d'Ouest juste sous la barre des 100km/h. Lundi 3 vers 22h, de premières petites avalanches de vallée s'abattaient sur les plats de la Lée.

Mercredi 5 au matin après deux jours de congé, sous un ciel magnifique, je voulais tester le premier couloir sous la route de Tsirouc. La neige s'accumule sur le sommet de cette pente qui se déclenche facilement, je soupçonne un flux géothermique d'accélérer la métamorphose des couches au contact du sol... Hypotèse... Quoi qu'il en soit, je n'ai pas eu à couper la plaque, mon approche suffit à déclencher tout le couloir, largement, jusqu'à la première digue. En fin de semaine, tous les petits déversoirs adjacents s'étaient purgés spontanément, et le passage d'une machine vendredi déclencha une vaste zone sous la station du téléphérique de liaison jusqu'au couloir Meyer. Nous pouvons considérer que les pentes Nord de plus de 35-40° ont toutes été brassées, ce qui devrait améliorer la stabilité des prochains apports.


Il n'y a pas asssez de neige pour skier hors-pistes, on touche partout les cailloux et le risque d'avalanches n'est pas négligeable. Le degré "marqué" affiché dès lundi 3 est justifié. Outre le risque d'être emporté sur une longue distance au contact des cailloux, on peut se retrouver dans les digues encore vides sous plusieurs mètres de neige. Rassurantes pour certains, les digues constituent des diableries qu'aucun équipement n'exorcise. Un corps même rapidement détecté sous 3m de neige à peu de chance d'être récupéré intact. 


Le reste de la semaine, les températures tassèrent, puis humidifièrent voire mouillèrent, la cinquantaine de cm en place à 2500m, n'épargnant que les Nord-Nord-Est jusqu'à 2900m. MétéoSuisse annonçait une dégradation pour le week-end avec un apport de neige significatif. Vendredi 7 fut carrément printanier, sous un soleil radieux, le mercure affichait 3° à 3000m. Les machinistes roulèrent la neige en place sur les pistes naturelles, elle durcira et constituera une couche de fond idéale. Je profitais d'un moment dans l'après-midi pour relever le profil publié dans l'article précédent. La couche se tassa jusqu'à 38cm au jalon. Dès le départ du soleil, la surface gela. 

Le Zinalrothorn et le Besso vendredi 7 vers 14h
Les flux d'Ouest, qui apportent la majorité des précipitations dans la région, s'élèvent sur l'impressionnante face du Zinalrothorn, l'humidité se condense et forme un panache au sommet de la montagne, bien visible depuis la vallée. C'est un des principaux signes de changement de temps dans la culture locale. Les anciens disaient "Le Rot a la pipe, le mauvais arrive!" Le titre de mon prochain article sera "Marilou", doux nom donné à la tempête qui sevit et sévira jusqu'au mardi 11.12.

J'ai constaté vendredi : pas de neige sous 2000m, une mesure de 38cm à 2500m, tout le manteau détrempé et dense sous 2500m, les plats et pentes NW à E en passant par le S détrempées jusqu'à 2900m, couloirs N de plus de 35°-40° purgés, pentes S dégarnies jusqu'à 2600m.

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