L'été des annulations

Octobre 2020 - L'été s'est déroulé entre deux vagues de contaminations au coronavirus, la plupart des manifestations, cours et autres rencontres qui jalonnent ma saison furent annulés. Le pays sortit progressivement du semi-confinement le 27 avril, l'école reprit le 11 mai. Ceux qui organisèrent des manifestations avec toutes les mesures exigées le firent le couteau sous la gorge, le risque de voir leur travail sali, jeté à la vindicte de "ceux qui l'avaient bien dit". Ce sont les héros de mon été, en particulier les jeunes d'Ayer qui maintinrent le camp des Moyes pour les enfants et les organisateurs de Sierre-Zinal, qui trouvèrent des solutions pour ne pas se contenter d'annuler. A l'heure où je résume les six mois estivaux, nous affrontons une deuxième vague qui jette le doute sur l'avenir. Mais revenons au vallon de Zinal...

Le 6 mai, Zinal est libre de neige jusqu'à 2000m.

Le printemps parfait eut vite raison de l'enneigement abondant, un arrosage régulier et le soleil allaient favoriser le monde végétal. On peut considérer que nous avions deux semaines d'avance sur le cycle printanier à la mi-mai. L'abondance de nourriture rendit la faune plus discrète que de coutume, les grands herbivores n'eurent pas à se montrer pour s'alimenter. La présence insistante des promeneurs et autres confinés en quête de nature accentua certainement le phénomène. Il y avait des gens partout, sur les chemins, dans les forêts; les campings cars et des bivouaqueurs occupèrent les places tout l'été, la police et les propriétaires fermèrent les yeux. Les températures de juin furent, selon MétéoSuisse "exactement conformes à la norme 1981-2010" et les précipitations abondantes, si bien qu'une fenaison supérieure aux moyennes fut engrangée lors de beaux épisodes ensoleillés en fin de mois. 

Le 22 mai déjà, la vallée verdoie jusqu'aux alpages.

Juillet  respecta les normes, sans excès de chaleur ni de précipitations. Les orages sont restés sympathiques, les plus gênants annoncés bien à l'avance n'ont surpris que les randonneurs mal organisés. Rapidement, les neiges résiduelles fondirent en haute montagne, ce qui découvre les pièges mais complique la progression, plus aisée sur les névés que les pierriers.

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Pas de canicule ni d'interdiction de faire du feu, la période la plus chaude chevaucha juillet et août avec des records le 31 juillet vers 16h avec 36.7° à Sierre, 26.9° à Zinal et 14.6° à la Corne. Les sources ne faiblirent pas mais on peut constater sur la carte que notre région est une des seules à présenter un bilan hydrique positif. Fin août, une magnifique perturbation gâcha le Trail du Besso maintenu par la bravoure des organisateurs. Dimanche 30 au matin, on mesurait 8cm à Zinal. De beaux fronts froids blanchirent encore le vallon les 3 et 27 octobre, mois plus frais que la norme néanmoins agréable à vivre. Le rapport climatologique été 2020 de MétéoSuisse montre des températures moyennes supérieures aux normes, évidemment...


Je n'ai pas constaté d'autres anomalie côté faune, je suis juste surpris de la discrétion des souris surabondantes l'été passé. Pourquoi n'auraient-elles pas survécu à un hiver aux températures clémentes? Comme d'habitude, on cria à la surpopulation des guêpes dès qu'elles pointèrent leurs ailes, alors que je n'ai détruit aucun nid ni déploré d'accident. Les activités humaines resteront dans les annales outre les promeneurs et campeurs; l'infrastructure du village de Zinal est en mutation. La croix qui surplombe la chapelle depuis 1899 est remplacée, la rue centrale entièrement rénovée, l'hôtel Diablons qui a brûlé au printemps se reconstruit. Le téléphérique qui transforma le mayen en station de ski en 1967 sera remplacé cet hiver par un télécabine. Le pylône 2, notre tour Eiffel locale, a disparu du paysage. 

Nous avons vendangé le 19 septembre sans parvenir au quota de poids, la teneur en sucre juste passable; le printemps fut sec en plaine. Les arolles on fait peu de cônes, les fruitiers ont produit abondamment, le "coup d'hiver" du 30 août ralentit les jardins potagers et précipita la coloration des feuillus et mélèzes.   

La pandémie de covid-19 a mené de nombreux Suisses vers les beautés du pays, la nature fut littéralement envahie. La plupart sont respectueux mais le nombre poussera certainement nos autorités à restreindre l'utilisation du milieu, pour protéger la nature et le travail des paysans. La votation pour la loi sur la chasse montre un clivage radical entre ceux qui vivent dans la nature et ceux qui la fantasment depuis les villes. On parle de régulariser quand on tir des animaux pour diminuer leur pression sur l'écosystème. Je crains que l'homme n'ait rien inventé, la nature régularise... Retrouvez les photos de la saison dans l'album public été 2020. Pour conclure, j'ai volé l'image ci-dessous dans Le Temps, trop parfait...



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